Guterres avertit : la crise du détroit d’Ormuz pourrait plonger des dizaines de millions de personnes dans la pauvreté et précipiter l’économie mondiale vers la récession
Le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a averti début mai 2026 que l’escalade de la crise dans le détroit d’Ormuz pourrait plonger des dizaines de millions de personnes dans la pauvreté, déclencher une vague de faim mondiale et précipiter le monde vers la récession. Le détroit, un goulot d’étranglement de 33 kilomètres entre l’Iran et Oman, achemine environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et une part comparable du commerce du gaz naturel liquéfié — destiné principalement à l’Asie, mais avec des répercussions majeures pour la sécurité énergétique européenne.
Que se passe-t-il
Les tensions dans le Golfe se sont intensifiées en avril 2026 après une série d’incidents impliquant les vedettes de la marine du Corps des Gardiens de la révolution iranienne et des pétroliers commerciaux. Téhéran a formellement suspendu le libre passage à la mi-avril sous prétexte de contrôles de sécurité ; les États-Unis et le Royaume-Uni ont réagi en renforçant leurs déploiements navals. Les primes d’assurance quotidiennes sur les pétroliers VLCC transitant par le détroit ont été multipliées par sept. Les prix du pétrole ont grimpé de 74 à 122 dollars le baril en trois semaines, la plus forte augmentation depuis 2022.
La réaction en chaîne économique
La hausse des prix du pétrole et du gaz s’est rapidement traduite par une inflation importée touchant l’alimentation, les transports, les engrais et la fabrication. Le FMI estime qu’une prime durable de 30 dollars le baril réduit la croissance mondiale du PIB de 0,7 à 1,0 point de pourcentage sur douze mois. Pour les pays en développement dépendants des importations énergétiques et des denrées alimentaires subventionnées, les conséquences sont immédiates : pression sur les budgets nationaux, dépréciation des devises et risque croissant de détresse budgétaire. Guterres a specifically mis l’accent sur la menace pesant sur environ 50 millions de personnes déjà en crise alimentaire qui pourraient basculer dans une insécurité grave.
L’enjeu énergétique européen
Pour l’UE, la crise d’Ormuz arrive en plus de l’élimination progressive du gaz russe via REPowerEU. Bien que l’UE se soit diversifiée rapidement, le Qatar — accessible uniquement par le détroit — fournit environ 14 % des importations de GNL européennes. Une perturbation prolongée obligerait l’Europe à surenchérir face aux acheteurs asiatiques pour des cargaisons alternatives, probablement en provenance des États-Unis. Les prix du gaz sur l’indice TTF sont déjà revenus aux niveaux de l’automne 2022. La Commission européenne a activé les mécanismes de coordination d’urgence entre les régulateurs des États membres.
Les canaux diplomatiques
Guterres a appelé à une désescalade immédiate et a proposé les bons offices de l’ONU pour servir de médiateur. Oman, traditionnellement le médiateur régional le plus crédible, mène des pourparlers officieux entre Téhéran et Washington. L’Union européenne, par l’intermédiaire de la Haute représentante Kaja Kallas, a appelé à la retenue et proposé d’accueillir des pourparlers techniques. La Chine, de plus en plus investie dans l’approvisionnement énergétique iranien et grand acheteur de pétrole brut iranien, a appelé à la coopération internationale tout en exerçant discrètement son influence sur Téhéran.
À suivre
Trois indicateurs détermineront si la crise se stabilise ou s’aggrave. D’abord, si l’Iran accepte un protocole de vérification couvrant les mouvements de pétroliers dans le détroit. Ensuite, si les États-Unis maintiennent leur posture militaire actuelle ou l’intensifient après des incidents potentiels. Enfin, si l’alliance OPEP+ — incluant la Russie non-OPEP — accepte une réponse du côté de l’offre suffisamment importante pour atténuer la prime de prix. Le sommet de l’UE en juin comprendra probablement une session dédiée à la sécurité énergétique et à la politique du Moyen-Orient.
