Le Parlement européen adopte une résolution contre le cyberharcèlement : demande une définition harmonisée, une responsabilité accrue des plateformes et un renforcement de l’application

Le Parlement européen a adopté le 30 avril 2026 une résolution exigeant l’application stricte des lois européennes en vigueur contre le cyberharcèlement, l’établissement d’une définition harmonisée du cyberharcèlement au niveau de l’UE, et une responsabilité accrue des plateformes pour améliorer la protection des citoyens — notamment les mineurs — dans l’espace numérique. Adoptée avec un soutien transpartisan marqué, cette résolution replace le cyberharcèlement au cœur de la politique numérique européenne, à un moment où l’adoption de la loi sur l’IA, du DSA et du DMA laisse subsister des lacunes importantes en matière d’application.

L’ampleur du phénomène

La résolution débute par un diagnostic sans appel : environ un jeune Européen sur trois, âgé de 12 à 17 ans, déclare avoir été victime de cyberharcèlement au moins une fois. Plus d’un adulte sur six a expérimenté du harcèlement en ligne persistant. Les conséquences pour la santé mentale comprennent l’anxiété, la dépression, l’isolement social et, dans les cas extrêmes, des comportements suicidaires. Le Parlement cite plusieurs enquêtes nationales récentes sur les décès liés au cyberharcèlement et souligne l’urgence d’une réponse cohérente à l’échelle de l’UE.

La définition harmonisée

Une demande centrale porte sur l’établissement d’une définition juridique commune du cyberharcèlement applicable dans les 27 États membres. Actuellement, seuls certains États membres criminalisent explicitement le cyberharcèlement ; d’autres s’appuient sur des dispositions plus larges couvrant le harcèlement, la diffamation ou les menaces. Cette fragmentation entrave les enquêtes transfrontalières et la conformité des plateformes. La résolution demande à la Commission de proposer une directive établissant des normes minimales, incluant des sanctions pénales, la protection des victimes et des procédures de suppression rapide.

La responsabilité des plateformes

La résolution demande à la Commission d’appliquer strictement le Règlement sur les services numériques (DSA) concernant les obligations liées au cyberharcèlement et exige que les très grandes plateformes en ligne (VGPO) — notamment Meta, X, TikTok et Snap — mettent en œuvre des mesures d’atténuation des risques systémiques. Le Parlement demande spécifiquement : des mécanismes de vérification de l’âge renforcés, des paramètres de confidentialité par défaut pour les mineurs, des procédures de suppression plus rapides avec des délais contraignants, des voies de signalement simplifiées, et des pénalités significatives en vertu du DSA pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial en cas de défaillances systématiques.

L’interdiction des applications de << nudification >>

En lien avec la résolution sur le cyberharcèlement, les députés pressent pour une interdiction des applications dites de << nudification >> — des applications pilotées par l’IA générant des contenus intimes non consentis, souvent utilisées dans des campagnes de harcèlement coordonné contre les femmes et les mineurs. Les discussions sur cette interdiction ont été intégrées à la négociation dite de << l'omnibus numérique >> entre le Parlement et le Conseil. Une conférence de presse est prévue si un accord est conclu. La France, l’Allemagne, l’Italie et la Belgique ont mené la mobilisation politique en faveur d’une interdiction pure et dure assortie de sanctions pénales.

L’application au niveau national

La résolution aborde également la capacité d’application au niveau national. De nombreuses agences de maintien de l’ordre des États membres manquent des capacités de forensique numérique ou des effectifs nécessaires pour traiter le volume croissant d’affaires de cyberharcèlement. Le Parlement réclame un financement dédié de l’UE via le Fonds pour la sécurité intérieure et des programmes de formation systématiques à destination des procureurs et des magistrats. Europol serait chargé de développer une plateforme centralisée pour la coordination transfrontalière des dossiers et l’échange de bonnes pratiques.

La suite des événements

Bien que les résolutions du Parlement ne soient pas contraignantes, ce texte fixe un agenda politique clair. La Commission a signalé qu’elle évaluerait avant la fin 2026 s’il convient de proposer une directive dédiée au cyberharcèlement ou d’aborder la question par des lignes directrices d’application ciblées du DSA et des mises à jour des instruments existants comme la Directive sur les droits des victimes. Les élections nationales en Allemagne, en France et en Italie en 2026-2027 maintiendront cette question politiquement saillante tout au long du cycle législatif.

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