Les députés européens exigent un renforcement de l’application de la Loi sur les marchés numériques face aux pressions externes, les outils de recherche IA sous surveillance

La Commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs du Parlement européen a exigé le 30 avril 2026 que la Commission européenne assure une application rapide et efficace de la Loi sur les marchés numériques (LMN) contre les sept gardiens désignés en vertu du règlement. Les députés avertissent que les pressions externes — notamment de la part de l’administration américaine et des entreprises gatekeepers elles-mêmes — ne doivent pas affaiblir l’ambition réglementaire européenne. La résolution appelle également à une surveillance renforcée des outils de recherche alimentés par l’IA et des services cloud, nouvelle frontière de la domination des marchés numériques.

La LMN en 2026

La Loi sur les marchés numériques, en vigueur depuis le 2 mai 2023, désigne comme gardiens les plus grandes plateformes en ligne dont la domination dans les services de plateforme fondamentaux crée des problèmes structurels du marché. Sept gardiens sont actuellement désignés : Alphabet, Amazon, Apple, Booking, Meta, Microsoft et ByteDance. Ils sont soumis à une liste d’obligations et d’interdictions couvrant l’interopérabilité, les app stores, la combinaison de données, l’auto-préférence et le liage. Trois ans après son entrée en vigueur, la Commission a engagé plusieurs enquêtes pour non-conformité et imposé les premières amendes au titre de la LMN en 2025.

Les pressions externes

La résolution du Parlement aborde implicitement les pressions diplomatiques exercées par les États-Unis — tant sous l’administration Biden que sous le second mandat Trump — poussant l’UE à assouplir l’application de la LMN contre les entreprises technologiques américaines. Le président Trump a explicitement lié la politique tarifaire à la régulation numérique, menaçant de représailles contre les amendes européennes. La réponse du Parlement est sans équivoque : << L'application de la LMN est une question de droit européen et de souveraineté de l'UE. Elle ne peut pas être soumise à des négociations commerciales bilatérales. >>

Les outils de recherche IA et les services cloud

La résolution ouvre un nouveau front en demandant que la Commission examine l’application des principes de la LMN aux outils de recherche alimentés par l’IA — notamment ChatGPT Search, Perplexity, Gemini et Microsoft Copilot — et aux services de cloud computing. Les préoccupations sont doubles. Premièrement, la recherche IA risque de déplacer la recherche traditionnelle sans hériter des mêmes cadres de responsabilité. Deuxièmement, le marché du cloud est dominé par trois hyperscalers basés aux États-Unis (Amazon AWS, Microsoft Azure, Google Cloud) représentant environ 70 % des revenus du cloud en Europe. Les députés demandent à la Commission d’évaluer si une désignation comme gardiens devrait suivre.

Priorités d’application spécifiques

Le Parlement identifie cinq domaines prioritaires d’application pour 2026. D’abord, les politiques de l’App Store d’Apple, en particulier la dite Core Technology Fee critiquée pour saper les principes de la LMN. Deuxièmement, la pile publicitaire d’affichage de Google, où la séparation structurelle reste contestée. Troisièmement, le modèle << payer ou consentir >> de Meta et sa compatibilité avec l’article 5(2) de la LMN. Quatrièmement, l’auto-préférence présumée de la Marketplace Amazon. Cinquièmement, le liage de Teams à Office 365 par Microsoft sur les marchés professionnels et éducatifs. Chacun d’entre eux se trouve à différents stades d’enquête ou de procédure formelle.

Le cadre des amendes

La LMN permet à la Commission d’imposer des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial pour les premières violations et 20 % en cas de récidive. En cas de non-conformité systématique extrême, la Commission peut imposer des mesures structurelles incluant le dessaisissement. Au cours de 2025, la Commission a émis des décisions initiales de non-conformité contre Apple et Meta, assorties d’amendes de plusieurs centaines de millions. Le Parlement presse la Commission d’utiliser l’ensemble des outils de la LMN, y compris les astreintes périodiques pour les violations continues.

Les enjeux politiques

Pour l’UE, l’application de la LMN est la pierre de touche de la souveraineté numérique européenne. Une application peu vigoureuse signalerait que l’ambition réglementaire européenne s’effondre sous la pression externe — compromettant la crédibilité de la Loi sur l’IA, de la Loi sur les données et de la future Loi sur le cloud et le développement de l’IA. Les députés l’énoncent explicitement dans la résolution. La commissaire Teresa Ribera, qui supervise l’application de la concurrence, a signalé que 2026 sera une année décisive pour le bilan d’application de la LMN.

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