Revenus des ménages des jeunes Européens : la France au-dessus de la moyenne de l’UE mais en dessous de ses voisins
Les récentes mobilisations à travers l’Europe sur le coût de la vie, le logement, les salaires et les services publics ont mis en lumière la situation économique des jeunes. Les données d’Eurostat sur le revenu disponible médian équivalent des ménages comptant des jeunes de 18 à 24 ans révèlent d’importantes disparités sur le continent. La France, où les étudiants et les jeunes ont été en première ligne des manifestations, se classe 11e sur 34 pays européens avec une médiane de 23 850 € en 2025, au-dessus de la moyenne de l’UE de 21 482 €.
Anne Brunner, directrice des études à l’Observatoire des inégalités, met en garde contre les limites de cet indicateur. Il mesure le revenu du ménage dans lequel vit un jeune, et non ce que cette personne gagne individuellement. En France, les étudiants vivant seuls ou en logement collectif, comme les résidences universitaires, sont exclus de l’échantillon. La tranche d’âge des 18-24 ans est hétérogène : elle comprend à la fois des étudiants vivant chez leurs parents et de jeunes travailleurs, souvent peu ou pas qualifiés, en emploi précaire et exposés au risque de pauvreté.
De larges écarts à travers l’Europe
La Suisse arrive en tête du classement avec un revenu médian équivalent des ménages de 52 206 € pour les jeunes, suivie du Luxembourg (43 028 €) et de l’Autriche (37 299 €). Parmi les « quatre grands » de l’UE, l’Allemagne enregistre 26 330 €, tandis que l’Italie (20 315 €) et l’Espagne (19 338 €) se situent sous la moyenne de l’UE. En bas du classement figurent la Macédoine du Nord (4 640 €), l’Albanie (5 736 €) et la Turquie (5 987 €), plusieurs pays d’Europe de l’Est comme la Bulgarie, la Hongrie, la Serbie et la Roumanie se situant sous la moitié de la moyenne de l’UE.
Le secrétariat du Forum européen de la jeunesse souligne que le revenu ne constitue qu’une partie de l’équation. Dans certains pays, les jeunes peuvent paraître mieux lotis sur le papier parce qu’ils restent plus longtemps au domicile parental. « Le paradoxe, c’est que les jeunes peuvent sembler mieux lotis lorsqu’ils dépendent plus longtemps de leur famille, et plus pauvres lorsqu’ils prennent leur indépendance », indique le secrétariat. Derrière les chiffres, une génération ne peut pas se permettre de quitter le foyer, de louer ou d’acheter un logement, ni de construire une vie autonome.
Les jeunes gagnent moins que l’ensemble de la population
Dans 28 des 34 pays, les jeunes vivent dans des ménages dont le revenu médian est inférieur à celui de l’ensemble de la population. Dans l’UE, les jeunes disposent de 93,6 % du revenu médian de la population totale (21 482 € contre 22 939 €). En France, le ratio est de 90,1 %, les ménages des jeunes gagnant 2 609 € de moins que la médiane nationale de 26 459 €.
Les écarts les plus marqués s’observent en Finlande, où la médiane des jeunes représente 74,9 % de la médiane nationale, suivie du Danemark (78,3 %), de la Norvège (82,7 %), du Luxembourg (86,0 %) et de la Suède (88,2 %). Mme Brunner explique que les politiques publiques nordiques favorisent activement l’autonomie des jeunes, qui quittent plus tôt le domicile parental et sont bien plus susceptibles de vivre de façon indépendante. « Leur revenu du ménage est alors mesuré sur leurs propres ressources, souvent modestes, plutôt que mutualisé avec celui de leurs parents, ce qui élargit mécaniquement l’écart avec l’ensemble de la population. Un ratio faible dans ces pays ne doit donc pas être interprété comme un signe de plus grande précarité », précise-t-elle. Seuls six pays affichent des jeunes vivant dans des ménages dont le revenu est supérieur à celui de l’ensemble de la population : la Croatie (105,7 %), Malte (105,5 %), la Slovénie (105,4 %), la Lituanie et l’Autriche (toutes deux 102,1 %), et la Suisse (100,5 %).
Pouvoir d’achat et « salaire social »
Après ajustement selon les standards de pouvoir d’achat (SPA), l’Autriche arrive en tête avec 33 052 SPA, suivie du Luxembourg (32 391) et de la Suisse (29 989). La France se classe 13e avec 21 446 SPA, légèrement au-dessus de la moyenne de l’UE, tandis que l’Allemagne enregistre 24 237 SPA, l’Espagne 21 272 et l’Italie 20 883, avec des écarts relativement faibles. Le Forum européen de la jeunesse appelle à dépasser la seule question du revenu pour considérer le « salaire social » – logement abordable, services publics, éducation, santé et protection sociale – qui détermine la portée réelle des revenus. « Une vie décente ne devrait pas dépendre uniquement d’un bon salaire, ni de la possibilité de compter sur un patrimoine familial. Elle exige des salaires décents accompagnés de services publics solides qui rendent l’essentiel abordable », indique le secrétariat. Ilari Ilmakunnas, chercheur principal au Centre finlandais des pensions, note que des facteurs tels qu’une moindre expérience professionnelle, un niveau d’éducation plus faible, le statut d’étudiant et les conditions de logement contribuent à des revenus plus bas pour les jeunes, en particulier dans les pays nordiques.
