Les marchés anticipent une hausse des taux de la BCE cet été
Les marchés financiers ont nettement basculé vers l’anticipation de hausses de taux de la Banque centrale européenne dans les mois à venir, intégrant pleinement trois hausses de taux d’ici la fin de 2026, la première pouvant intervenir dès juin. Cette réévaluation reflète les inquiétudes croissantes sur la persistance de l’inflation dans la zone euro, l’incertitude géopolitique, et un ton plus restrictif de la part des responsables de la BCE, dont la présidente Christine Lagarde.
Le basculement des anticipations de marché
Au début de 2026, les anticipations étaient largement alignées sur l’idée que la BCE avait achevé son cycle de resserrement et resterait en pause, voire envisagerait de nouveaux assouplissements si la croissance se détériorait fortement. Le déclenchement du conflit iranien fin février a changé ce calcul. Les prix de l’énergie ont explosé, les prévisions d’inflation ont été révisées à la hausse, et les opérateurs ont commencé à reconstituer des positions restrictives. Aujourd’hui, la majorité des participants de marché s’attendent à ce que le taux directeur de la BCE atteigne au moins 2,5 pour cent d’ici la fin de l’année, soit une hausse de 50 points de base ou plus par rapport aux niveaux actuels.
Ce que disent les responsables de la BCE
Fin mars, la présidente de la BCE Christine Lagarde a déclaré lors de la conférence La BCE et ceux qui l’observent à Francfort que la banque centrale était prête à relever les taux, même si la hausse attendue de l’inflation s’avérait temporaire. Si le choc donne lieu à un dépassement important quoique pas trop persistant de l’objectif d’inflation, a-t-elle dit, un ajustement mesuré de la politique pourrait être justifié. Le président de la Bundesbank Joachim Nagel a souligné l’importance d’une approche réunion par réunion, tandis qu’Isabel Schnabel et d’autres membres du Conseil des gouverneurs ont signalé leur disposition à envisager un durcissement si les données le justifient.
Les risques d’agir trop tôt ou trop tard
Le dilemme pour la BCE est délicat. Relever les taux alors que la croissance reste faible pourrait aggraver le ralentissement et risquer de faire basculer la zone euro en récession. Maintenir trop longtemps pourrait permettre aux anticipations d’inflation de se désancrer, nécessitant un resserrement plus agressif par la suite. Les économistes des grandes banques restent divisés. Certains s’attendent à ce que la BCE livre une hausse de 25 points de base lors de sa réunion de juin, avec une autre en juillet, tandis que d’autres voient la banque centrale tenir tout l’été et attendre l’automne pour des signaux plus clairs des dynamiques d’inflation sous-jacente.
