Graphique financier illustrant un ralentissement économique

L’économie de la zone euro ralentit à 0,8 % au T1 2026 : les feux d’alerte de la stagflation s’allument en Europe

L’économie de la zone euro a progressé de seulement 0,8 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, selon les données d’Eurostat, marquant le rythme le plus faible depuis le début de la reprise post-pandémique. Ce ralentissement intervient alors que l’inflation s’accélère à nouveau et que la guerre en Iran pousse les prix de l’énergie à la hausse, créant ce que plusieurs économistes décrivent désormais ouvertement comme une dynamique de stagflation.

Les chiffres bruts

La croissance trimestrielle reste modeste à travers le bloc, avec l’Allemagne et l’Italie qui révisent à la baisse leurs prévisions annuelles pour 2026. La France a enregistré une consommation des ménages relativement résiliente mais a vu l’investissement des entreprises faiblir. L’Espagne et le Portugal continuent de surperformer, soutenus par le tourisme et les fonds de relance européens, mais l’écart entre la reprise méridionale et le ralentissement industriel allemand se creuse.

Ce qui pèse sur la croissance

Trois forces compriment simultanément l’économie de la zone euro. Les prix de l’énergie sont supérieurs au scénario de référence de décembre de la BCE, érodant le pouvoir d’achat des ménages et compressant les marges industrielles. L’incertitude liée à la politique commerciale — à la fois le conflit iranien et les frictions tarifaires en cours avec les principaux partenaires commerciaux — a entamé la confiance des entreprises. Et les revenus réels se redressent plus lentement que ne le suggèrent les salaires, car la flambée inflationniste a rogné les augmentations.

Le marché du travail : encore résilient, mais en refroidissement

Le chômage dans la zone euro reste proche de plus bas historiques, soutenant la consommation des ménages et offrant un coussin contre la récession. Mais les taux de vacance d’emploi ont reculé pendant trois trimestres consécutifs, les intentions d’embauche dans les enquêtes industrielles s’affaiblissent et plusieurs grands constructeurs allemands ont annoncé des plans de restructuration pour le second semestre 2026.

Le tableau budgétaire

Le ralentissement intervient alors que plusieurs gouvernements resserrent leur politique budgétaire dans le cadre des règles révisées de l’UE. La France, l’Italie, la Belgique et l’Espagne sont toutes sous surveillance renforcée pour leurs déficits excessifs. La combinaison d’un resserrement budgétaire et d’une BCE encore réticente à baisser les taux — voire évoquant des hausses — exerce une pression à la baisse sur la croissance précisément lorsqu’un soutien serait nécessaire.

Les points positifs

Tout n’est pas sombre. Les dépenses de défense de l’UE augmentent fortement à mesure que les gouvernements s’adaptent au nouvel environnement sécuritaire, avec des effets d’entraînement pour l’industrie européenne, de la Suède à la France. L’investissement public dans les infrastructures, soutenu par les fonds NextGenerationEU dans leur dernière fenêtre de décaissement, continue d’étayer la construction. Et le cycle d’investissement de la transition verte prend de l’ampleur, particulièrement dans l’éolien offshore et la fabrication de batteries.

Perspectives : dépendantes des données et incertaines

Les projections de mars de la BCE tablaient sur une croissance de la zone euro de 0,9 % pour l’ensemble de 2026. Après une lecture du T1 à 0,8 %, cet objectif paraît désormais à portée mais de justesse. Tout dépendra de la rapidité de résolution du conflit iranien, de la pivot de la BCE vers des hausses ou non, et de la stabilisation de l’économie allemande. Chacune de ces questions trouvera réponse dans les semaines à venir. La zone euro n’est pas en récession — mais elle ralentit, à toute lecture, vers un été difficile.

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