Kallas pousse l’UE à renforcer l’armée libanaise pour désarmer le Hezbollah
La Haute Représentante de l’UE Kaja Kallas a utilisé le Conseil Affaires étrangères (Défense) le mardi 12 mai 2026 à Bruxelles pour plaider en faveur d’un financement accru de l’UE aux Forces armées libanaises, présentant le désarmement du Hezbollah et la restauration du contrôle de l’État au Liban comme un corollaire direct de la sécurité européenne à la suite de la guerre avec l’Iran.
Du cessez-le-feu à l’autorité de l’État
S’exprimant avant la séance de travail des ministres de la Défense, Kallas a soutenu que davantage d’argent doit être accordé aux Forces armées libanaises pour aider au désarmement du Hezbollah et à la reconstruction des institutions de l’État au Liban. Cette position s’aligne sur le cessez-le-feu conditionnel avec l’Iran convenu le 8 avril 2026, décrit dans les briefings privés de l’UE comme étant « en sursis » suite au rejet par Donald Trump de la dernière contre-proposition iranienne, qualifiée de « totalement inacceptable » dimanche et lundi. Le dossier libanais est largement considéré comme le maillon le plus fragile de l’architecture régionale, le cessez-le-feu Israël-Liban étant constamment remis en question par les frappes israéliennes et les ripostes du Hezbollah.
L’argument du monopole de la force d’État
L’hypothèse de travail de l’UE — partagée avec les États-Unis et la plupart des partenaires du G7 — est que le monopole de l’usage légitime de la force au Liban doit reposer sur l’État, exercé par les Forces armées libanaises. Le Hezbollah, désigné comme organisation terroriste par plusieurs États membres mais pas par l’UE dans son ensemble, conserve des armes et une influence dans le sud du Liban malgré les engagements formels envers la Résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le calcul de Bruxelles est que le soutien financier et en équipement aux FAL — combiné à la pression diplomatique — offre la voie la plus réaliste pour transférer progressivement l’autorité loin des acteurs armés non étatiques.
Ce qui est sur la table de l’UE
Les instruments concrets en discussion incluent des tranches supplémentaires via le Fonds européen pour la paix, des programmes de soutien à la formation et à l’équipement des FAL, et des contributions bilatérales coordonnées des États membres. La France, l’Italie, l’Allemagne et Chypre figurent parmi les contributeurs les plus actifs de l’UE au soutien des FAL, et Chypre, en sa qualité de présidente du Conseil, a placé le dossier libanais en haut de l’agenda de politique étrangère. Les États membres voient également des synergies avec le soutien de l’UE à l’économie libanaise, à l’appareil judiciaire et à la gestion des frontières — des domaines où le bloc dispose d’un long bilan.
Le tableau plus large du Moyen-Orient
La conversation sur le Liban se déroule sur fond de guerre avec l’Iran non résolue, d’une fermeture partielle du détroit d’Ormuz, et de nouvelles opérations israéliennes à Gaza et en Cisjordanie occupée. Le même Conseil Affaires étrangères qui a traité le Liban mardi avait le jour précédent — sous son format civil — sécurisé un accord politique sur des sanctions de l’UE ciblant les colons israéliens et les chefs du Hamas. Les diplomates de haut niveau de l’UE décrivent la stratégie comme une approche « à deux niveaux » : pression sur les acteurs qui déstabilisent l’ordre régional, soutien aux institutions d’État disposées à l’imposer.
À surveiller ensuite
Le suivi opérationnel dépend de la volonté des États membres à s’engager pour des ressources nouvelles à un moment où les budgets de défense absorbent déjà les conséquences de 60 milliards d’euros en allocations liées à l’Ukraine. Le Conseil européen de juin et le sommet UE-Balkans occidentaux du 5 juin 2026 seront les prochains points d’inflexion. Pour l’instant, l’intervention de Kallas établit la direction politique : construction d’État par les forces d’État, et non par des accords bilatéraux avec des acteurs non étatiques.
