La BCE maintient ses taux face à la menace d’une guerre iranienne

La Banque centrale européenne a maintenu ses trois principaux taux d’intérêt inchangés pour une troisième réunion consécutive le 30 avril 2026, laissant le taux de rémunération des dépôts à 2,00 %, le taux de refinancement principal à 2,15 % et le taux de prêt marginal à 2,40 %. Mais ce statu quo ne devrait pas durer : une enquête Bloomberg menée entre le 4 et le 7 mai anticipe désormais deux relèvements de 25 points de base en juin et septembre, la guerre en Iran alimentant l’inflation dans tout le bloc.

Lagarde : « Nous nous éloignons certainement de la trajectoire de base »

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, présentant la décision en conférence de presse post-réunion, a déclaré que le vote au statu quo était unanime — mais a reconnu que les décideurs avaient débattu de diverses options, y compris un possible relèvement. La discussion, a-t-elle précisé, s’est concentrée sur le fait que la BCE « s’éloigne certainement » de son scénario de base précédent.

Lagarde a été directe sur ce qui a changé : « La guerre au Moyen-Orient a entraîné une forte augmentation des prix de l’énergie, faisant monter l’inflation et pesant sur le sentiment économique. » Sa projection centrale pour la zone euro s’est décalée résolument vers le haut, avec une inflation moyenne en glissement annuel désormais attendue à 2,6 % en 2026, avant de tomber à 2,0 % en 2027 et de se stabiliser autour de 2,1 % en 2028.

À la question posée en conférence de presse de savoir si le bloc faisait maintenant face à la stagflation, Lagarde a repoussé cette idée avec sa fermeté caractéristique : « Je pense avoir affronté la stagflation, car c’est vraiment quelque chose que je classe dans les années 1970. Compte tenu de la projection que nous avons pour mars — 0,9 % de croissance suivis de 1,3 %, suivis de 1,4 % — je n’appellerais pas cela de la stagnation, pardon. C’est une croissance plus faible, certes, en 2026, mais nous ne sommes pas en stagnation, et encore moins en récession. »

Les marchés anticipent les relèvements

L’enquête Bloomberg auprès des économistes menée en début mai reflète une réévaluation nette. Alors que le cycle précédent avait envisagé un seul relèvement du taux de rémunération des dépôts pour l’ensemble de 2026, les répondants anticipent désormais deux mouvements de 25 points de base — portant le taux de rémunération des dépôts à 2,50 % à la fin de l’année. Les marchés répercutent cette trajectoire depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, avec une hausse des rendements des obligations souveraines de la zone euro sur toute la courbe.

L’enquête de la BCE auprès des prévisionnistes professionnels pour le T2 2026, publiée plus tôt ce mois-ci, anticipe une inflation moyenne en glissement annuel de l’IPCH à 2,7 % en 2026 — une révision nettement à la hausse par rapport au cycle précédent — avant de décliner à 2,1 % en 2027. De manière cruciale, les attentes d’inflation à plus long terme pour 2030 sont restées inchangées à 2,0 %, suggérant une confiance du marché dans l’ancrage à moyen terme.

La question de la croissance

Le PIB réel de la zone euro n’a augmenté que de 0,1 % au T1 2026, selon l’estimation flash préliminaire d’Eurostat — une décélération nette par rapport à la dynamique que le bloc avait conservée à l’entrée de l’année avant la guerre. Lagarde a reconnu que « l’économie de la zone euro affichait une certaine dynamique au moment où les turbulences actuelles ont commencé », mais a ajouté que « les enquêtes indiquent un ralentissement de la croissance, et les consommateurs et les entreprises sont devenus moins confiants quant à l’avenir depuis le début de la guerre. »

La BCE fait face au problème classique d’un choc d’offre : une inflation plus élevée plaide en faveur d’un resserrement, une croissance plus faible pour un assouplissement. L’approche affirmée par Lagarde est axée sur les données et de réunion en réunion, sans engagement préalable envers une trajectoire de taux particulière. « Nous pensons qu’en six semaines nous serons en mesure de prendre une décision plus éclairée, soit parce que le conflit aura abouti à une issue, soit parce que les conséquences seront plus claires, » a-t-elle conclu — pointant les marchés vers la réunion des 4-5 juin comme le moment de la décision.

Pour Bruxelles et les capitales des États membres, le calcul est désormais autant politique qu’économique. Avec les prix de l’énergie se répercutant sur les factures des ménages au cours de l’été, les propositions imminentes de la Commission européenne en matière d’allègement énergétique — et la question de savoir comment les financer dans le cadre des règles budgétaires — domineront les semaines à venir de la discussion politique de l’UE.

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