Une enquête révèle que l’argent public des sociétés de Mészáros a financé la propagande de l’ère Orbán

Une enquête de Direkt36 a mis au jour comment des fonds de marchés publics acheminés vers des sociétés détenues par le milliardaire hongrois Lőrinc Mészáros ont servi à financer un réseau d’influenceurs pro-gouvernementaux pendant le mandat de Viktor Orbán. Des documents internes de V-Híd, une entreprise de construction ferroviaire du portefeuille de Mészáros, montrent qu’entre 2022 et 2026, la société a versé plusieurs milliards de forints à des influenceurs liés au réseau Megafon, qui constituait un canal de communication essentiel pour le Fidesz. Ces révélations interviennent alors que la nouvelle administration Tisza en Hongrie, élue lors d’un vote historique qui a écarté le gouvernement Fidesz d’Orbán, continue d’examiner les pratiques financières du régime précédent.

V-Híd, l’une des entreprises les plus rentables de l’empire Mészáros, devait son succès presque entièrement à d’importants contrats de marchés publics attribués sous les gouvernements Fidesz. Ces dernières années, elle est devenue l’acteur dominant de la construction ferroviaire hongroise, évincant ses concurrents et générant d’énormes dividendes pour le clan Mészáros. Selon des contrats de don divulgués, V-Híd envoyait régulièrement des centaines de millions de forints sous forme de « cadeaux » à Megafon, avec 3 milliards de forints (environ 7,6 millions d’euros) versés au réseau d’influenceurs pour la seule année 2024. Le schéma était simple : les marchés publics gavaient les sociétés du groupe Mészáros d’argent public, et une partie de ces revenus était ensuite acheminée vers la machine de propagande.

Dépenses de luxe et jets privés

Direkt36 a également documenté des avantages somptueux accordés aux employés et associés de V-Híd. En 2024, neuf employés de V-Híd se sont rendus en jet privé dans un château du sud-ouest de la France, un voyage coûtant 62 millions de forints (environ 150 000 euros), dont 500 euros dépensés en cigares. Au total, V-Híd a dépensé plus d’un milliard de forints (environ 2,5 millions d’euros) en voyages à l’étranger ces dernières années, y compris un paiement de 46 000 euros pour un voyage au Tadjikistan, une destination prisée pour des excursions de chasse exotique auxquelles Mészáros lui-même a participé. Le clan Mészáros a montré un vif intérêt pour la navigation de plaisance et les jets privés, et un jet privé lié à la famille a été utilisé au moins une fois par Orbán lui-même.

Arrestation du ministre de la Culture et réaction d’Orbán

Par ailleurs, le Fidesz a été plongé dans la tourmente par l’arrestation de l’ancien ministre de la Culture Balázs Hankó, soupçonné d’abus de confiance aggravé ayant causé une perte financière particulièrement importante, commis dans le cadre d’une association criminelle. Un tribunal a placé Hankó en détention provisoire après qu’une enquête a révélé que le Fonds culturel national avait versé plus de 17 milliards de forints (environ 44 millions d’euros) à des artistes proches du Fidesz à des fins de campagne électorale du parti. Hankó a nié toute infraction, affirmant que les subventions étaient légales et qu’il était victime d’un procès politique. Peu avant sa détention, il a déclaré à la chaîne favorable au Fidesz HírTV qu’être membre du Fidesz ou lié au Fidesz n’avait jamais été une condition préalable pour recevoir un financement du Fonds culturel national.

Viktor Orbán a offert une explication différente lors d’un discours à un événement à huis clos, dont un extrait a été partagé par l’ancien secrétaire d’État Péter Takács. Selon Orbán, Hankó est le seul ministre de la Culture depuis 2010 à ne pas avoir soutenu « les libéraux de Budapest », et c’est pourquoi il a été emprisonné. L’affaire Hankó a éclaté peu après les élections qui ont porté le gouvernement Tisza au pouvoir, et elle a intensifié l’examen de l’utilisation des fonds publics à des fins politiques par l’administration précédente. Les conclusions de Direkt36 font partie d’une nouvelle série d’articles fondés sur des documents internes, et elles marquent le 150e jour depuis l’entrée en fonction du gouvernement Tisza. Ces révélations soulignent l’ampleur du financement de la propagande qui a opéré pendant l’ère Orbán, l’argent public transitant par les sociétés Mészáros vers des influenceurs médiatiques qui amplifiaient les messages du Fidesz par le biais d’une vaste publicité en ligne.

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