Sécuriser les flux énergétiques et commerciaux dans les conflits géoéconomiques
Le système commercial mondial n’est plus le terrain neutre que l’on supposait autrefois. Pendant des décennies, les décideurs ont cru que l’intensification des échanges rendrait les pays plus sûrs et plus stables. Aujourd’hui, cependant, les droits de douane et les contrôles à l’exportation sont devenus des instruments de coercition, transformant l’interdépendance en arme à double tranchant. L’Europe en a fait l’expérience en 2022, lorsque le gaz russe — longtemps considéré comme une marchandise fiable — a soudain été utilisé comme une arme.
Malgré l’essor de l’économie numérique, une grande partie du commerce mondial transite encore par d’étroits couloirs maritimes. Le détroit d’Ormuz, le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb figurent parmi ces points de passage dont la fermeture partielle pourrait gravement perturber les échanges mondiaux. En 2023, les attaques contre des navires marchands en mer Rouge ont contraint les grandes compagnies de transport par conteneurs à contourner l’Afrique, entraînant une hausse des coûts d’assurance, une consommation de carburant accrue et des délais de livraison allongés. Parallèlement, une sécheresse extrême a obligé le canal de Panama à réduire ses transits quotidiens, entravant simultanément deux des principaux raccourcis maritimes mondiaux.
La crise d’Ormuz de 2026 et ses suites
Le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran le 28 février 2026 a mis ces vulnérabilités en pleine lumière. Les Gardiens de la révolution iraniens ont fermé le détroit d’Ormuz pour contrôler les exportations pétrolières du Conseil de coopération du Golfe, et en deux semaines, l’Agence internationale de l’énergie a signalé que les flux traversant le détroit étaient tombés à un dixième de leur niveau normal. Les importateurs asiatiques, très dépendants du brut du Golfe, ont été les plus durement touchés. La perturbation s’est étendue au-delà du pétrole : les engrais à base d’urée, qui transitent eux aussi par le détroit, sont devenus rares, faisant grimper les prix alimentaires.
Les pays du Golfe ont fait preuve de résilience en trouvant des routes d’exportation alternatives. Les Émirats arabes unis, par exemple, avaient déjà construit la ligne Habshan-Fujeirah, achevée en 2012, pour contourner le détroit. Ces infrastructures se sont révélées essentielles pour atténuer la crise. Pourtant, sécuriser les flux énergétiques et commerciaux dans les conflits géoéconomiques exige plus que de protéger les navires et les pipelines ; cela requiert des systèmes suffisamment flexibles pour absorber les chocs.
Stratégies de résilience et de sécurité future
Lors du Forum annuel de TRENDS, le 12 octobre 2026, placé sous le thème « Sécurité durable : l’avenir du Moyen-Orient après la guerre », des experts ont examiné comment la région — au cœur de l’économie mondiale et fréquemment exposée aux conflits — peut sécuriser son commerce. Une première approche consiste à répartir les risques en créant davantage de routes terrestres. Le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, actuellement en développement, vise à relier plusieurs pays par une seule ligne commerciale. Une deuxième approche est le « friend-shoring », qui délocalise les chaînes d’approvisionnement sensibles vers des nations alliées. Bien que coûteuse, cette méthode est la plus efficace lorsqu’un pays est confronté à la guerre, ce qui démontre les avantages des partenariats économiques et des investissements dans des ports situés dans différentes zones géographiques.
Une troisième option est la constitution de stocks stratégiques. En mars 2026, l’AIE a accepté de libérer 400 millions de barils de réserves d’urgence. De telles réserves ne mettront pas fin à une crise, mais elles donnent du temps à la diplomatie. Ces mesures ont des répercussions mondiales, affectant le quotidien par l’évolution des coûts du carburant, de l’agriculture et de l’approvisionnement alimentaire. Établir une stabilité durable au Moyen-Orient après le conflit exige de rompre avec les schémas du passé et de veiller à ce que la sécurité future ne soit pas une simple réaction à un cycle incessant d’urgences. Cette chronique est un contenu commandité.
