Le retard de compétitivité : pourquoi l Europe doit passer des mots à l action
Depuis deux décennies, les dirigeants européens répètent le même diagnostic à chaque grand sommet : l’Europe prend du retard en productivité, innovation et technologies stratégiques. La stratégie de Lisbonne de 2000 promettait que l’UE deviendrait l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde d’ici 2010. La stratégie Europe 2020 promettait la même chose avec un vocabulaire différent. Le rapport Draghi de 2024 sur la compétitivité européenne, commandé par la Commission européenne et rédigé par l’ancien président de la BCE Mario Draghi, a réaffirmé le diagnostic avec une force renouvelée. La question est désormais de savoir si l’Europe traduira ce diagnostic familier en une réponse crédible.
Le retard est réel et s aggrave
Les chiffres sont saisissants. La productivité américaine a progressé plus de deux fois plus vite que la productivité européenne au cours des deux dernières décennies. Les valorisations des entreprises technologiques américaines écrasent celles de leurs homologues européennes. La Chine domine des secteurs stratégiques entiers, des panneaux solaires aux véhicules électriques en passant par les batteries de pointe. Les entreprises européennes qui dominaient autrefois mondialement dans la pharmacie, l’automobile ou la chimie perdent du terrain sur leurs marchés domestiques. Le rapport Draghi a estimé que combler le retard nécessiterait un investissement additionnel de 750 à 800 milliards d’euros par an.
Ce qui fait obstacle
Trois obstacles bloquent systématiquement une action crédible. Premièrement, le budget européen reste modeste par rapport à l’ampleur du défi, et les propositions de nouvelles ressources propres ou d’emprunt commun se heurtent à la résistance des États contributeurs nets. Deuxièmement, les charges réglementaires s’accumulent au fil du temps sans être systématiquement examinées pour leur impact cumulé. Troisièmement, le marché unique reste incomplet dans des domaines critiques notamment les marchés de capitaux, l’énergie et les services, fragmentant les avantages d’échelle dont les entreprises européennes ont besoin pour concurrencer mondialement.
À quoi ressemblerait une action crédible
Les négociations sur le budget à long terme 2028-2034 désormais en cours fournissent un test concret. Le Parlement a positionné un fonds pour la compétitivité comme ligne rouge, et le sommet de Chypre a produit la feuille de route Une Europe Un Marché avec des calendriers mesurables. Ces éléments sont nécessaires mais non suffisants. Une action crédible nécessiterait également un engagement à simplifier véritablement l’acquis réglementaire, à achever l’union des marchés de capitaux avec une réelle force politique, et à accepter que le marché unique des services implique des compromis qui désavantageront à court terme certains acteurs locaux établis pour livrer une compétitivité continentale à plus long terme.
