Les partis du centre envisagent une alliance formelle pour contenir la montée de l’extrême droite au Parlement européen
Des législateurs de haut rang au Parlement européen étudient un arrangement de partage du pouvoir sans précédent entre le Parti populaire européen de centre-droit et l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates, alors que les inquiétudes s’amplifient quant à la difficulté croissante de maintenir l’équilibre politique du centre dans l’hémicycle, selon plusieurs sources.
Cette proposition, dont l’origine remonterait à des eurodéputés allemands éminents des deux groupes, transformerait ce qui a traditionnellement été une coopération informelle et au cas par cas entre les deux plus grands blocs en une coalition gouvernementale structurée — un modèle plus couramment associé aux parlements nationaux qu’à l’organe législatif directement élu de l’Union européenne. Les partisans de cette démarche arguent qu’elle est nécessaire pour empêcher les factions d’extrême droite d’exercer une influence disproportionnée sur l’agenda parlementaire.
Le moment de ces discussions reflète l’anxiété croissante au sein des cercles établis suite aux gains électoraux réalisés par les partis nationalistes et populistes dans plusieurs États membres. Ces progrès se sont traduits par une présence d’extrême droite plus affirmée au Parlement, ce que les observateurs considèrent comme ayant commencé à compliquer l’adoption de législations qui auraient auparavant été jugées routinières.
Des tensions sous la surface
Les relations entre le PPE et les Socialistes et Démocrates se seraient détériorées ces derniers mois, rendant la perspective d’un accord formalisé à la fois plus urgente et plus difficile à réaliser. Les désaccords sur la politique migratoire, la législation climatique et le rythme de l’intégration européenne ont mis au jour des lignes de fracture que les mécanismes de coordination informelle ont eu du mal à atténuer. Selon les informations disponibles, de nombreux eurodéputés au sein des deux groupes se sont montrés frustrés par des arrangements ad hoc qu’ils considèrent comme imprévisibles et fragiles.
Les détracteurs de l’alliance proposée avertissent cependant que figer les deux blocs traditionnels du pouvoir dans un pacte formel pourrait se retourner contre ses promoteurs. Certains estiment que cela risque d’aliéner les électeurs déjà sceptiques face à ce qu’ils perçoivent comme un établissement politique au service de ses propres intérêts, susceptible d’alimenter encore davantage le soutien aux partis que l’arrangement est censé marginaliser. D’autres questionnent la viabilité juridique ou procédurale d’un tel accord au regard des règles existantes du Parlement.
Le Parlement européen fonctionne différemment de la plupart des assemblées législatives en ce qu’il ne dispose pas de structure formelle de gouvernement ou d’opposition, les majorités y étant constituées au cas par cas. Toute orientation vers une gouvernance de coalition représenterait un changement culturel et procédural majeur pour une institution qui s’est longtemps enorgueillie de son approche fluide et transpartisane de l’élaboration législative.
Le débat intervient également alors que le PPE lui-même subit des pressions internes quant à la proximité avec laquelle il devrait s’engager avec les franges les plus dures de la droite européenne. Le parti a entretenu ces dernières années des relations parfois ambiguës avec les mouvements conservateurs nationaux que les critiques jugent incompatibles avec les valeurs démocratiques européennes fondamentales, une tension qu’une alliance centriste formelle serait inévitablement contrainte d’affronter de manière directe.
Reste à savoir si cette proposition dépassera le stade des discussions internes. Le Parlement européen fait face à un calendrier législatif chargé, et l’énergie politique requise pour négocier et maintenir un accord inter-groupes formel est considérable. Néanmoins, le fait que des personnalités éminentes du centre-droit et du centre-gauche discutent ouvertement de cette idée signale la gravité avec laquelle l’établissement commence à prendre le défi structurel posé par la croissance continue de l’extrême droite.
