Le PDG de Mistral avertit que l’Europe est face à un « piège complet » sans IA de pointe

L’Europe risque de tomber dans un « piège complet » si elle abandonne le développement de modèles d’IA de pointe pour se concentrer uniquement sur les applications industrielles, a averti lundi Arthur Mensch, PDG de Mistral. En marge du sommet numérique de Berlin, M. Mensch a déclaré que le continent ne peut pas dépendre des États-Unis et de la Chine pour les systèmes d’IA les plus avancés, car l’accès pourrait être restreint à tout moment par des contrôles à l’exportation. M. Mensch a estimé que l’Europe a besoin de sa propre capacité de calcul et de ses propres modèles avancés pour garantir sa sécurité et son indépendance technologique. « L’idée que nous puissions construire quoi que ce soit de significatif sans posséder le fondement même de ces technologies, à savoir les modèles de raisonnement, les cerveaux capables de faire fonctionner les usines, d’aider à concevoir de meilleurs systèmes… est, je pense, un piège complet », a-t-il déclaré. Ses propos interviennent après que les plus hauts dirigeants de l’UE ont plaidé en septembre pour le développement d’applications reposant sur des modèles étrangers plutôt que pour la poursuite du développement d’une IA de pointe.

L’ambition souveraine de l’Allemagne et la dimension européenne

Le gouvernement allemand a dévoilé lundi une stratégie visant à faire de l’Allemagne une « nation souveraine en matière d’IA » d’ici 2030, avec l’IA industrielle comme pari principal et l’objectif d’aider à créer au moins trois laboratoires européens d’IA de pointe. M. Mensch s’est félicité de cette ambition, mais a souligné que le défi ne peut être relevé par un seul pays. « Une stratégie nationale en matière d’IA, cela n’existe pas », a-t-il déclaré. « Il faut une stratégie européenne en matière d’IA. »

M. Mensch a identifié le principal problème de l’Europe comme un « problème de bilan » plutôt qu’un manque de talents. Le continent a besoin de capitaux et de puissance de calcul pour entraîner des modèles sophistiqués et bâtir des entreprises capables de rivaliser à grande échelle, a-t-il affirmé. Les dirigeants de l’UE tiendront leur première discussion consacrée à l’IA la semaine prochaine lors d’une réunion informelle à Dublin.

Mistral mise fortement sur l’IA industrielle, avec des partenariats avec Airbus et ASML et le secteur manufacturier comme principal marché. Les applications vont de la conception d’aéronefs à la réduction des temps d’arrêt des machines. M. Mensch a toutefois insisté sur le fait que les applications industrielles ne peuvent pas rendre l’Europe technologiquement indépendante si d’autres contrôlent les modèles et l’infrastructure de calcul qui les sous-tendent.

L’un des défis consiste à convaincre les clients d’utiliser des alternatives européennes alors que des modèles chinois moins chers égalent ou surpassent les rivaux européens. Le moteur de recherche allemand Ecosia a cessé d’utiliser les modèles de Mistral après avoir conclu qu’ils ne répondaient pas à ses besoins ; son PDG a déclaré que le passage à des modèles chinois avait réduit les coûts de moitié et amélioré les performances globales. Interrogé sur la question de savoir si l’on pouvait attendre des entreprises qu’elles fassent des compromis sur le prix ou la performance au nom de la souveraineté, M. Mensch a rejeté la prémisse. « Il n’y a pas de compromis possible entre compétitivité, qualité et souveraineté », a-t-il déclaré.

M. Mensch n’a pas abordé directement l’expérience d’Ecosia, mais a déclaré que Mistral n’a pas besoin d’être leader sur tous les benchmarks. Il a cité la cybersécurité et l’imagerie géospatiale, où son nouveau modèle Large 4 surpasse les rivaux chinois à poids ouverts. Mistral se concentre délibérément sur les domaines à forte demande. « La qualité de notre technologie trouve un marché partout hors d’Europe, y compris aux États-Unis », a déclaré M. Mensch. « Mistral Large 4 était une sortie très attendue. Elle nous remet pleinement dans la course. »

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