L’UE et la Corée du Sud approfondissent leur partenariat stratégique commercial et technologique face aux tensions géopolitiques
Le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique Maroš Šefčovič et le ministre sud-coréen du Commerce Yeo Han-koo ont co-présidé le Conseil UE-Corée du Commerce et de la Technologie mi-avril 2026, convenant d’approfondir la coopération dans les domaines des semi-conducteurs, des batteries pour véhicules électriques, des matières premières critiques, de l’hydrogène et des cadres de confiance numérique. Cette réunion marque l’une des avancées les plus concrètes de la stratégie économique indo-pacifique de l’UE depuis la publication de la Stratégie actualisée en 2023.
Les semi-conducteurs : au cœur de l’accord
Les deux parties se sont engagées à s’aligner sur la sécurité critique des puces — coordination des contrôles à l’exportation vers les pays tiers, recherche conjointe sur la lithographie de nouvelle génération et transparence de la chaîne d’approvisionnement. Samsung et SK Hynix, sud-coréennes, produisent environ 60 % des puces mémoire haut de gamme mondiales ; le groupe néerlandais ASML de l’UE détient un monopole mondial sur les machines de lithographie en ultraviolet extrême. L’accord formalise un écosystème dans lequel chaque partie peut crédiblement menacer et compenser l’autre en cas de perturbation de la chaîne d’approvisionnement.
Batteries et matières premières
Les deux parties ont convenu d’un protocole d’accord sur les matières premières critiques couvrant le lithium, le nickel, le cobalt, le manganèse et les terres rares. La Corée du Sud — comme l’UE — dépend largement de la transformation chinoise pour ces matériaux. Le protocole énonce la coopération sur des approvisionnements diversifiés en Afrique, en Amérique latine et en Australie, avec des normes communes en matière de conditions environnementales et de travail. Les géants sud-coréens de la batterie LG Energy Solution et Samsung SDI comptent parmi les plus importants investisseurs dans les gigafactories de batteries de l’UE, avec 15 milliards d’euros d’installations opérationnelles en Hongrie, en Pologne et en Allemagne.
Confiance numérique et intelligence artificielle
Le Conseil a également prolongé la décision d’adéquation UE-Corée du Sud sur les transferts de données personnelles, initialement adoptée en 2021. Les deux parties se sont engagées dans la mise en œuvre coordonnée de la Loi UE sur l’IA et de la Loi-cadre sud-coréenne sur l’IA, en vigueur depuis janvier 2026. Un groupe de travail a été créé sur la gouvernance des modèles fondamentaux — le type de grands modèles d’IA qui alimentent des systèmes comme ChatGPT — dans le but d’éviter la fragmentation des régimes de conformité.
Le contexte géopolitique
L’approfondissement des relations UE-Corée du Sud intervient dans un contexte de politique tarifaire américaine sous la deuxième administration Trump, de pressions de la guerre en Iran sur les marchés énergétiques mondiaux et du découplage technologique États-Unis–Chine persistant. Bruxelles et Séoul considèrent ce partenariat comme une assurance contre les pressions unilatérales des plus grandes puissances. La déclaration commune du Conseil fait explicitement référence à << un ordre commercial fondé sur des règles et prévisible >> comme intérêt commun.
Prochaines étapes
Les deux parties se sont engagées à moderniser leur accord de libre-échange de 2010, les négociations formelles devant commencer à l’automne 2026. Parmi les chapitres prévus : le commerce numérique, la durabilité, la libéralisation des services et des règles d’origine actualisées reflétant les chaînes d’approvisionnement des véhicules électriques. La prochaine réunion ministérielle est prévue pour début 2027 à Séoul.
