Le Parlement européen vote sa position de négociation sur le budget UE 2028-2034 : défense, climat et cohésion en tête

Lors d’un vote en plénière décisif en fin avril 2026, le Parlement européen a adopté sa position de négociation sur le cadre financier pluriannuel (CFM) 2028-2034 — le cycle budgétaire septennale de l’UE qui façonnera les dépenses publiques européennes pour le reste de la décennie. Le Parlement, dirigé par les co-rapporteurs Siegfried Mureşan (PPE, RO) et Carla Tavares (S&D, PT), réclame un budget sensiblement plus important que la proposition de la Commission d’avril 2026, avec des augmentations prioritaires pour la défense, le climat, la compétitivité et la politique de cohésion traditionnelle.

La proposition de la Commission

La proposition initiale de CFM de la Commission, publiée début avril 2026, s’élevait à environ 1,95 trillion d’euros sur sept ans (prix 2018), structurée autour de cinq rubriques : marché unique et innovation ; cohésion, résilience et valeurs ; ressources naturelles et environnement ; migration et gestion des frontières ; et sécurité et défense. Un nouveau Fonds européen de compétitivité dédié, doté de 580 milliards d’euros, consolide Horizon Europe, des parties d’EU4Health, le Fonds pour l’innovation et plusieurs instruments plus modestes.

Les demandes du Parlement

La position du Parlement pousse le total à 2,18 billions d’euros — une augmentation de 12 %. Concrètement, les eurodéputés exigent : un doublement du budget de défense par rapport au cycle actuel, s’appuyant sur le programme SAFE 2025 ; une cible de dépenses climatiques de 30 % avec réexamen contraignant à mi-parcours ; la préservation complète des enveloppes de la politique agricole commune (PAC) malgré les propositions de la Commission de les fusionner avec la cohésion ; une Facilité dédiée de reconstruction de l’Ukraine en dehors du plafond du CFM ; et une conditionnalité renforcée liant les fonds au respect de l’État de droit.

Le débat sur les nouvelles ressources propres

Sous-jacente aux chiffres annoncés figure la question non résolue des nouvelles ressources propres — comment financer le budget sans augmenter les contributions des États membres. Les propositions de la Commission incluent une part des revenus du TCAM (75 % déjà affectés), une ressource propre basée sur l’impôt des sociétés selon une réallocation statistique des bénéfices, une extension de la ressource propre basée sur le SEQE au secteur maritime et de l’aviation, et une ressource propre basée sur les droits d’accise sur le tabac. Le Parlement soutient les quatre ; les États membres sont profondément divisés, le groupe frugal (Pays-Bas, Suède, Autriche, Danemark) s’opposant à la plupart.

Le remboursement du Fonds de relance

Un enjeu structurel critique : à partir de 2028, l’UE doit commencer à rembourser le fonds de relance NextGenerationEU — les 750 milliards d’euros d’emprunts conjoints émis pendant la crise de la COVID-19. Le remboursement, estimé à 25-30 milliards d’euros par an, risque d’évincer d’autres priorités sauf accord sur de nouvelles ressources propres. Le commissaire au Budget Piotr Serafin y a vu l’« épreuve existentielle » du nouveau CFM.

Les réactions nationales

Les positions des États membres se cristallisent. L’Allemagne et la France soutiennent une enveloppe plus large mais divergent sur l’allocation interne : Berlin privilégie la défense et la compétitivité ; Paris la politique industrielle et la PAC. La Pologne et l’Italie exigent la préservation de la cohésion. Le groupe frugal rejette l’augmentation annoncée et insiste sur un gel en termes réels. La Hongrie utilise les négociations comme levier sur la conditionnalité liée à l’État de droit. Le Conseil adoptera son propre mandat de négociation en automne 2026.

La trilogie à venir

Avec les positions du Parlement et de la Commission sur la table, les négociations entrent dans la trilogie la plus décisive de la décennie. L’adoption finale est visée pour la deuxième moitié de 2027, permettant la mise en œuvre à partir du 1er janvier 2028. Si les négociations échouent ou connaissent un retard sérieux — comme cela s’est produit en 2020 — le CFM 2021-2027 existant serait prolongé à titre provisoire, reportant les réformes structurelles d’un autre cycle budgétaire.

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