Forum économique de Bruxelles du 7 mai : Aghion, Frieden et Dombrovskis esquissent la stratégie européenne en matière d’IA face à la concurrence mondiale
L’événement économique phare annuel de la Commission européenne, le Forum économique de Bruxelles, se tient aujourd’hui, 7 mai 2026, pour sa 26e édition sous le thème « L’économie de l’IA européenne face à la concurrence mondiale ». Le forum réunit des décideurs politiques européens et internationaux, des chefs d’entreprise, des universitaires et des représentants de la société civile pour tracer une voie vers l’avenir numérique et économique de l’Europe, dans un contexte marqué par l’échec du trilogue du Paquet numérique, l’échéance imminente du 2 août pour la conformité au AI Act, et une intensification de la concurrence géoéconomique avec les États-Unis et la Chine pour le leadership en matière d’IA.
Aghion prononce l’allocution Padoa-Schioppa
La présentation principale du programme du matin est l’allocution Tommaso Padoa-Schioppa, prononcée cette année par Philippe Aghion, Professeur au Collège de France, à l’INSEAD et à la London School of Economics, et lauréat du prix Nobel d’économie 2025. Aghion, dont les travaux sur la croissance tirée par l’innovation et la destruction créatrice ont façonné une génération de pensée économique européenne, devrait soutenir que la révolution de l’IA exige un rééquilibrage fondamental de la politique concurrentielle, de l’investissement public et des cadres réglementaires européens. Les organisateurs du forum ont encadré son allocution comme fixant le cadre intellectuel des débats de la journée.
Luc Frieden ouvre les débats
L’allocution politique d’ouverture est prononcée par Luc Frieden, Premier ministre du Luxembourg, dont le pays s’est réinventé au cours de la dernière décennie en tant que centre d’infrastructure de souveraineté numérique au sein de l’UE. Le Luxembourg accueille la Banque européenne d’investissement, plusieurs grands centres de données et le futur centre de calcul quantique de l’UE. L’allocution de Frieden devrait mettre l’accent sur l’interface pratique entre les stratégies économiques nationales et les plans d’investissement paneuropéens en matière d’IA de l’UE, notamment le Plan d’action Continent IA dont les étapes ont été annoncées le 9 avril 2026.
Deux tables rondes phares
La table ronde du matin — « Impact économique de l’IA : comment faire fonctionner une économie de l’IA en Europe » — réunit Valdis Dombrovskis, Commissaire chargé de l’Économie et de la Productivité, de la Mise en œuvre et de la Simplification ; Louise Burke, PDG de l’Open Data Institute ; Stefan Hartung, Président du Conseil d’administration de Robert Bosch GmbH ; Martin Sandbu, Commentateur économique européen au Financial Times ; et Isabelle Schömann, Secrétaire générale adjointe de la Confédération syndicale européenne. La table ronde aborde la productivité, les effets sur l’emploi et l’intégration du marché du travail face à l’IA. La table ronde de l’après-midi — « Géoéconomie de l’IA : la place de l’Europe dans la concurrence mondiale » — met en relief le positionnement de l’UE par rapport aux stratégies américaines et chinoises en matière d’IA.
Le débat à l’anglaise
L’un des formats signatures du forum est le débat à l’anglaise. La proposition cette année se distingue par son caractère direct : « Ce forum croit que réguler l’IA est nécessaire pour assurer que les bénéfices sont distribués équitablement ». Les intervenants incluent Noreena Hertz, Professeure honoraire à l’UCL Policy Lab ; Mārtiņš Kazāks, Gouverneur de la Banque de Lettonie ; et Eva Maydell, Membre du Parlement européen. Le format du débat permet aux participants d’exprimer leurs positions de manière plus claire que dans le format de table ronde basé sur le consensus — et offre un terrain d’essai politiquement précieux pour les arguments qui pourraient émerger lors de l’examen du AI Act et de la trajectoire législative post-Omnibus.
Le segment Visions pour l’Europe
Le forum a progressivement évolué vers des formats plus dynamiques, et le segment « Visions pour l’Europe » présente trois présentations de style conférence TED de la part de conférenciers visionnaires articulant des perspectives sur le potentiel économique et l’impact de l’IA. Les sessions parallèles destinées aux participants en personne incluent « L’impact économique du Mécanisme de récupération et de résilience : nouvelles perspectives sectorielles basées sur la classification IA », un entretien informel sur « Le travail à l’ère de la gestion algorithmique et de l’IA », et une session se demandant si l’IA est un « Miracle ou mythe ? Les gains de productivité macroéconomique de l’intelligence artificielle ».
Le contexte stratégique
Au-delà des allocutions et des tables rondes, le forum intervient à un moment d’une importance exceptionnelle. Le trilogue du Paquet numérique s’est effondré le 28 avril, rétablissant le calendrier original du AI Act ; la Commission européenne a la tâche formelle de présenter une proposition législative au Q4 2026 pour simplifier le règlement sur la gouvernance de l’union énergétique et de l’action pour le climat ; et l’UE vient de fixer le 2 août 2026 comme date limite de conformité contraignante pour les systèmes d’IA à haut risque. Les discussions publiques sur la façon dont l’UE devrait concurrencer les géants américains de l’IA et les champions soutenus par l’État chinois se sont intensifiées, avec des appels à un « fonds souverain d’IA » européen et une stratégie industrielle coordonnée pour l’infrastructure de calcul. Le forum du 7 mai offre la plus grande plateforme annuelle où ces débats sont formalisés en directives politiques réalisables.
Ce que signifie le succès
Le succès du forum sera mesuré selon trois réalisables. Premièrement, si l’allocution d’Aghion articule un cadre clair et adoptable pour la productivité tirée par l’IA que la Commission peut poursuivre dans son paquet de simplification 2027. Deuxièmement, si la table ronde sur la géoéconomie produit un positionnement de l’UE défendable que le Conseil peut utiliser dans les discussions commerciales UE-États-Unis de l’automne. Troisièmement, si le consensus implicite sur un Fonds souverain d’IA se cristallise en une proposition budgétaire politiquement réalisable que le prochain Cadre financier pluriannuel, actuellement en négociation pour 2028-2034, peut absorber. Par n’importe quel critère, la barre pour le Forum économique de Bruxelles 2026 est très haute — mais la demande politique de réponses crédibles n’a rarement été aussi urgente.
