Le Parlement européen pousse le budget Horizon Europe à 200 milliards d’euros pour 2028-2034, visant la souveraineté de la recherche
Le Parlement européen plaide pour que le prochain programme de recherche et d’innovation Horizon Europe soit doté d’un budget de 200 milliards d’euros pour le cycle 2028-2034 — bien au-delà des 175 milliards d’euros proposés par la Commission. La position de négociation, débattue lors de la plénière de mai 2026, positionne le financement de la recherche comme central pour la souveraineté économique et stratégique européenne dans un contexte mondial dominé par les pressions tarifaires américaines et les subventions d’État agressives chinoises.
L’ambition de 200 milliards d’euros
La proposition de 200 milliards d’euros représente une augmentation de 33 % par rapport à l’enveloppe actuelle d’Horizon Europe (95,5 milliards d’euros pour 2021-2027) ajustée selon la durée du cycle. Les rapporteurs du Parlement soutiennent que doubler le budget est la seule réponse crédible au rapport Draghi sur la compétitivité européenne et à l’écart croissant en matière d’innovation avec les États-Unis et la Chine. Le chiffre de 175 milliards de la Commission représente déjà une augmentation mais reste en deçà de ce que les eurodéputés considèrent comme nécessaire.
Priorités stratégiques
L’allocation proposée donne la priorité aux technologies profondes, l’intelligence artificielle, l’espace, la biotechnologie et l’énergie propre. De nouvelles enveloppes fléchées sont prévues pour : un Fonds européen pour la défense et l’innovation double usage (15 milliards d’euros), un Programme stratégique pour les matériaux critiques (8 milliards d’euros) et une Initiative souveraine du cloud (10 milliards d’euros). Le Conseil européen de l’innovation (CEI) verrait son budget tripler à 25 milliards d’euros, avec un mandat clair d’appuyer les licornes européennes en concurrence avec les hyperscalers américains et chinois.
Équilibre régional
Une dimension politiquement centrale de la position du Parlement est le plan régional de recherche : davantage d’attention aux écosystèmes locaux, un accès au financement dans les pays en élargissement (États membres d’Europe de l’Est et du Sud), et des liens plus forts entre universités et industrie en dehors des pôles d’innovation dominants de Paris, Munich, Amsterdam et Stockholm. L’objectif est d’empêcher Horizon Europe de continuer à concentrer les flux de financement dans les cinq mêmes États membres qui absorbent actuellement environ 70 % des subventions compétitives.
La résistance du Conseil
Le Conseil de l’Union européenne reste divisé. Les États membres frugaux — menés par les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et l’Autriche — soutiennent que les 175 milliards d’euros de la Commission représentent déjà un effort considérable et que toute augmentation doit s’accompagner de réductions ailleurs au sein du cadre financier pluriannuel (CFP). La France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce soutiennent largement le chiffre plus élevé du Parlement. L’Allemagne, traditionnellement prudente, a signalé son ouverture compte tenu de l’accent mis par la coalition Merz sur la souveraineté industrielle. Le compromis final devrait se situer entre 180 et 195 milliards d’euros.
Ce que les fondateurs doivent suivre
Pour les fondateurs de startups et les PME, la négociation sur Horizon Europe a une importance bien au-delà de Bruxelles : elle détermine où vont les subventions, quels secteurs reçoivent l’attention, comment les universités et les startups coopèrent, et quels projets peuvent encore se permettre de se développer en Europe. Le financement public suit l’intention politique bien avant que les fondateurs ne remarquent la paperasserie. Les signaux de mai 2026 sont inhabituellement clairs : les technologies profondes, la croissance régionale, les projets verts et numériques, ainsi que les secteurs stratégiques comme l’espace sont là où l’argent public se concentrera.
