Le Parti vert britannique réclame un moratoire sur les nouveaux centres de données face aux préoccupations énergétiques et foncières
Le Parti vert du Royaume-Uni demande une pause immédiate dans l’approbation et la construction de nouveaux centres de données, arguant que ces installations imposent une charge insoutenable au réseau électrique national et entrent en concurrence avec les terres destinées au logement et à l’agriculture, à un moment où les deux sont en pénurie critique. Cette revendication signale que les violents affrontements politiques autour des infrastructures numériques qui se déroulent déjà aux États-Unis et en Irlande pourraient bientôt s’intensifier sur le territoire britannique.
Les centres de données se sont développés rapidement au Royaume-Uni ces dernières années, attirés par l’environnement réglementaire stable du pays, sa connectivité fibre robuste et sa proximité avec les grands marchés financiers. La région du Grand Londres en particulier s’est imposée comme l’un des plus grands pôles de centres de données d’Europe, statut qui a apporté des emplois et des investissements, mais qui a aussi attiré l’attention croissante des urbanistes, des régulateurs énergétiques et des militants écologiques préoccupés par l’impact cumulatif de ces installations.
Tension du réseau et objections écologistes
Au cœur de l’opposition du Parti vert se trouve la consommation d’électricité. Les centres de données consomment énormément d’énergie par nature, et la montée en charge des applications d’intelligence artificielle a fait monter en flèche les projections de demande dans l’ensemble de l’industrie. Selon les rapports, certains gestionnaires de réseau régionaux en Angleterre ont déjà signalé de longues files d’attente pour les nouvelles connexions au réseau, les projets de centres de données représentant une part importante des demandes en attente. Les critiques argumentent que le fait de privilégier les infrastructures informatiques commerciales par rapport aux projets d’énergies renouvelables ou de développement résidentiel constitue une mauvaise allocation de la capacité disponible du réseau.
Les Verts soulèvent également des préoccupations concernant l’utilisation des terres, pointant du doigt des cas où les installations proposées en périphérie de villes ont rencontré une opposition locale en raison de leur impact visuel, du bruit des systèmes de refroidissement et de la perte de sites en zones agricoles. Ces objections font écho aux tensions observées en Irlande, aux Pays-Bas et dans plusieurs États américains, où l’expansion des centres de données a provoqué des moratoriums, des restrictions d’urbanisme ou des interdictions pures et simples dans certaines juridictions.
La position du parti s’arrête court de demander la fermeture des installations existantes ou le retrait du Royaume-Uni de l’économie numérique. Selon les rapports, les Verts cherchent plutôt une pause temporaire dans les nouvelles approbations, le temps que le gouvernement mène un examen approfondi de la façon dont l’expansion des infrastructures numériques peut être conciliée avec les engagements en matière de neutralité carbone et les besoins des plans d’urbanisme locaux. Ils chercheraient également à imposer des exigences plus strictes obligeant les nouvelles installations à s’approvisionner directement en énergie renouvelable plutôt que de puiser dans le réseau général.
Le gouvernement britannique a jusqu’à présent montré peu d’appétence pour les restrictions. Les ministres ont publiquement soutenu l’investissement dans les centres de données comme pilier de la stratégie d’intelligence artificielle du pays, et le secteur a reçu l’année dernière une reconnaissance officielle comme infrastructure critique nationale — une désignation qui accorde aux exploitants certaines protections en matière d’urbanisme et de sécurité. Les groupes sectoriels arguent que les installations modernes sont déjà beaucoup plus éconergétiques que leurs prédécesseurs et que la contribution économique du secteur, incluant des emplois techniques bien rémunérés, justifie une expansion continue.
La question de savoir si l’appel du Parti vert trouvera un écho au-delà de ses seuls adhérents dépendra en partie de l’évolution du débat plus large sur l’approvisionnement énergétique. Avec le gouvernement sous pression pour accélérer les mises à niveau du réseau tout en développant simultanément la capacité d’énergies renouvelables, la concurrence pour la puissance disponible risque de s’intensifier. La question des centres de données pourrait bien passer de la marge de la politique environnementale vers le cœur de la politique énergétique et industrielle britannique, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays voisins européens.
