La présidente de la BEI Calvino : les villes européennes doivent accroître massivement leurs investissements verts pour la sécurité face aux risques climatiques
Nadia Calvino, présidente de la Banque européenne d’investissement (BEI), a appelé en mai 2026 les villes européennes à accroître massivement leurs investissements verts comme une question de sécurité publique, bien au-delà de la simple politique environnementale. S’exprimant lors d’un forum de politique urbaine organisé par Bloomberg, Calvino a souligné que les inondations, les vagues de chaleur et le stress des infrastructures liés au climat restructurent désormais la planification urbaine en Europe, le coût de l’inaction dépassant largement celui de l’investissement préventif.
Le fondement sécuritaire de l’investissement vert
Calvino a énuméré une série d’événements climatiques récents : les inondations de Valence fin 2024, les crues d’Europe centrale de septembre 2024, les vagues de chaleur du sud de l’Europe à l’été 2025, et les tempêtes du début 2026 affectant les îles Britanniques et le nord-ouest de la France. Chaque événement a généré des milliards d’euros de dégâts et d’importantes pertes en vies humaines. << L'adaptation n'est plus une option >>, a affirmé Calvino. << Elle constitue le cœur de la politique de sécurité urbaine. >> La BEI redéfinit l’investissement vert comme une infrastructure de résilience, bien plus qu’un simple outil d’atténuation climatique.
L’arsenal de la BEI
La BEI a structurellement aligné ses prêts sur le Pacte vert pour l’Europe : d’ici 2026, plus de 50 % de ses prêts annuels iront à l’action climatique et à la durabilité environnementale. Les nouveaux instruments financiers spécifiquement destinés aux villes incluent les Projets pilotes de la Mission pour les villes européennes (100 villes ciblées pour la neutralité climatique d’ici 2030), le Programme d’investissement en résilience climatique, et l’assistance technique dédiée via le Pôle consultatif de la BEI. Les durées de prêt s’étendent jusqu’à 40 ans pour les grandes infrastructures d’adaptation, afin de correspondre aux cycles de vie des actifs.
Ce que les villes doivent financer
Les catégories prioritaires identifiées par la BEI incluent : les défenses contre les inondations d’inspiration naturelle (villes éponges, restauration des zones riveraines, zones humides urbaines), les infrastructures de refroidissement (expansion de la canopée urbaine, toits blancs, plans d’eau), la rénovation des stocks de logements vulnérables (isolation, ventilation, protection solaire), les systèmes d’eau et d’assainissement résilients, et la mobilité bas-carbone (réseaux cyclables, zones à faibles émissions, transports publics électriques). L’intégration de ces éléments dans un plan climatique spatial devient la condition préalable aux grands prêts urbains de la BEI.
L’écart de financement
Selon le dernier rapport d’investissement de la BEI, les villes européennes doivent investir 100 à 150 milliards d’euros annuellement au cours de la prochaine décennie pour atteindre leurs objectifs d’adaptation et d’atténuation climatiques. Les dépenses actuelles représentent environ la moitié de ce montant. Combler cet écart exige de combiner les fonds européens, le cofinancement national, les prêts de la BEI et l’investissement privé via des mécanismes de financement mixte. Calvino a particulièrement insisté sur la nécessité de mobiliser le capital privé à travers des instruments de partage des risques et des obligations vertes au niveau municipal.
La question de la circulation routière
Calvino a consacré une partie de ses remarques à un sujet politiquement sensible : le rôle de la circulation automobile et du stationnement dans la transformation urbaine. S’appuyant sur une analyse Bloomberg relative aux espaces publics réussis, elle a noté que les villes européennes les plus agréables à vivre ont systématiquement réduit la circulation automobile dans les zones centrales, transformé les parkings en espaces verts et piétons, et accepté les coûts politiques à court terme en échange de gains de sécurité, de santé et économiques durables. Les expériences de Paris, Pontevedra, Gand et Oslo sont régulièrement citées en exemple.
Coalition des maires
La BEI lance avec le réseau Eurocities et le Pacte des maires un cadre renouvelé d’assistance technique et financière, offrant un accès simplifié aux multiples fonds européens (Politique de cohésion, Facilité pour la reprise et la résilience, Mission Villes Horizon Europe, programme LIFE). L’objectif consiste à réduire les frictions administratives et à permettre aux villes de second rang et plus petites — non seulement aux plus grandes capitales — d’accéder aux ressources nécessaires pour la transition verte et de résilience.
