L’élargissement de l’UE renaît : le Monténégro vise l’adhésion en 2028, l’Albanie se fixe 2027 pour conclure les négociations
L’élargissement de l’UE, en sommeil depuis près d’une décennie, s’accélère à nouveau. Marta Kos, la commissaire européenne à l’élargissement, a confirmé en avril 2026 que le Monténégro et l’Albanie sont les favoris incontestables de la prochaine vague d’adhésion, avec le Monténégro visant l’adhésion pleine à l’UE en 2028 et l’Albanie souhaitant clore les négociations d’accession en 2027. Ces deux pays constituent ensemble le test le plus crédible de la capacité de la méthodologie d’élargissement de l’UE — figée pendant des années par la fatigue politique et les différends sur l’État de droit — à produire encore des résultats.
Le Monténégro : le plus avancé
Le Monténégro négocie son adhésion à l’UE depuis 2012 — 14 ans. C’est le seul candidat à avoir atteint le stade de négociation le plus avancé, en ayant rempli les critères intermédiaires pour les chapitres 23 et 24 (État de droit et droits fondamentaux) qui déverrouillent le processus de clôture pour tous les chapitres. Podgorica a provisoirement fermé un nombre sans précédent de chapitres en 2025 seul, la ministre des Affaires européennes Maida Gorcevic qualifiant la clôture des négociations de << priorité de l'année >>.
Un obstacle bilatéral persiste : un différend sur les frontières maritimes avec la Croatie voisine, dont la résolution est attendue dans le cadre de la clôture du chapitre 31 (politique étrangère, sécurité et défense). Le Monténégro préside également le Sommet UE-Balkans occidentaux à Podgorica en juin 2026 et le Processus de Berlin tout au long de l’année — reconnaissance symbolique de son statut de favori.
L’Albanie : l’ascension rapide
L’Albanie a commencé les négociations d’accession seulement en 2020 mais a réalisé une progression remarquablement plus rapide que des candidats aux négociations longues comme la Serbie ou la Macédoine du Nord. Tirana espère conclure les négociations en 2027 et rejoindre l’UE en 2030. La Commission européenne devrait émettre un rapport d’évaluation positif sur les réformes de l’État de droit dans les mois à venir, ouvrant l’étape finale des négociations.
L’Albanie fait cependant face à un grave défi de lutte contre la corruption. Le maire de Tirana Erion Veliaj a été arrêté en 2025 pour corruption et blanchiment d’argent. L’ancienne vice-première ministre Belinda Balluku a fait face à des poursuites distinctes pour corruption aboutissant à son retrait temporaire. L’Agence nationale pour la société de l’information (AKSHI), principal organe numérique du gouvernement, est sous investigation pour soupçons de manipulation d’appels d’offres. La capacité des institutions anti-corruption de l’Albanie à résister aux intérêts politiques bien ancrés est désormais centrale à la crédibilité de son accession.
Le contexte plus large
Les deux favoris se distinguent du paysage plus large des Balkans occidentaux, qui reste divisé entre << bons >> et << mauvais >> élèves. La Serbie, le candidat le plus avancé en nombre de chapitres, est qualifiée par la Commission de recul sur l’État de droit et les normes démocratiques ; les protestations à Novi Sad et dans d’autres villes ont connu un deuxième hiver en 2026. La Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine sont bloquées. Le Kosovo reste un candidat potentiel sans statut formel. Au-delà des Balkans, l’Ukraine et la Moldavie suivent une trajectoire parallèle et politiquement bien plus difficile.
Ce qui change pour l’UE
Le Monténégro et l’Albanie sont de petits pays — moins de 4 millions d’habitants à eux deux. Selon la Commission, leur adhésion ne nécessiterait pas de réforme institutionnelle de la structure existante de l’UE. Les deux coopèrent déjà étroitement avec l’UE sur la défense (tous deux sont membres de l’OTAN et ont contribué à des opérations alliées en Lettonie et en Bulgarie), sur la transition verte (l’Albanie fonctionne à près de 100 % en hydroélectricité ; le Monténégro exploite le seul système d’échange de quotas d’émissions aligné sur l’acquis de l’UE parmi les pays candidats), et sur le Marché régional commun des Balkans occidentaux. Le prochain paquet d’élargissement de l’UE, attendu en fin 2026, fixera le calendrier de la dernière phase.
