Le Parlement finalise la réforme du contrôle des investissements étrangers

Strasbourg – Le Parlement européen se réunit cette semaine, lors de sa session plénière des 18-21 mai 2026 à Strasbourg, pour procéder au vote final sur le Règlement révisé relatif au contrôle des investissements étrangers dans l’Union. Le nouveau cadre vise à mieux protéger les secteurs stratégiques de l’UE contre les acquisitions par des entités non européennes — notamment les investisseurs chinois, russes et du Golfe présentant des liens politiquement sensibles.

Le Règlement initial sur le contrôle des investissements étrangers (Règlement 2019/452) a établi pour la première fois un mécanisme coordonné au niveau de l’UE pour l’examen des investissements directs étrangers jugés potentiellement menaçants pour la sécurité ou l’ordre public. La révision finalisée par le Parlement renforce ce mécanisme de plusieurs manières décisives.

Changements clés dans le règlement révisé

Le nouveau texte introduit six changements fondamentaux :

  • Contrôle obligatoire dans tous les États membres — actuellement, seuls 24 des 27 États membres disposent d’un régime national de contrôle des investissements étrangers. La révision rend le contrôle obligatoire sur l’ensemble du territoire de l’UE d’ici à mi-2027
  • Champ sectoriel élargi — la liste des secteurs stratégiques s’étend pour inclure les matières premières critiques, les infrastructures d’intelligence artificielle, les technologies quantiques, la biotechnologie et les produits pharmaceutiques, les communications par satellite, l’infrastructure des câbles sous-marins et les ports
  • Contrôle des flux inversés — pour la première fois, certains investissements sortants des entreprises de l’UE (vers les juridictions présentant des risques de transfert de technologie) sont également soumis à un mécanisme d’examen, inspiré du décret présidentiel américain sur les investissements sortants
  • Couverture des investissements de création d’activités — le contrôle s’étend désormais non seulement aux acquisitions mais aussi aux investissements de création d’activités au-dessus de seuils définis dans les secteurs stratégiques
  • Délais resserrés — la procédure de coordination de la Commission est simplifiée pour permettre des examens plus rapides (60 jours contre 90 jours et plus actuellement)
  • Application des sanctions — les pénalités en cas de non-notification ou de non-conformité peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial de l’investisseur

Contexte politique

La révision a été façonnée par plusieurs développements récents : les tentatives persistantes d’acquisition chinoise en Europe dans le secteur technologique (Ant Group en fintech, BYD dans les chaînes d’approvisionnement automobiles, Huawei dans les infrastructures de télécommunications), les préoccupations de sécurité accrues suite aux incidents de sabotage sur les câbles sous-marins et les infrastructures énergétiques, et les leçons tirées du cas tchèque de 2024 où un investisseur aux liens russes a tenté d’acquérir des participations dans une entreprise énergétique stratégique.

La rapporteure, Sandra Kalniete (PPE, Lettonie), a décrit la révision comme « un instrument de souveraineté économique européenne dont l’heure a sonné ». La Commission, représentée lors du débat par le Vice-Président Stéphane Séjourné, a exprimé un soutien marqué au texte parlementaire.

Réactions du monde des affaires

L’industrie européenne a exprimé des réactions mitigées. BusinessEurope et le Réseau ECCO (représentant les entreprises paneuropéennes) ont salué le cadre renforcé mais se sont inquiétés d’un surcontrôle qui pourrait décourager les investissements entrants bénéfiques. Les syndicats se sont mobilisés pour demander l’inclusion explicite de la santé publique et de la sécurité alimentaire en tant que catégories protégées — une demande partiellement satisfaite dans le texte de compromis final.

En cas d’adoption comme prévu jeudi 21 mai, les nouvelles règles entrent en vigueur à l’été 2026 avec application obligatoire complète d’ici mi-2027.

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