Letta avertit que la souveraineté nationale affaiblit le poids de l’Europe sur la scène mondiale
Privilégier la souveraineté nationale plutôt que d’approfondir l’intégration européenne revient concrètement à offrir des avantages économiques et géopolitiques aux États-Unis et à la Chine, a estimé l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta, exhortant les États membres de l’Union européenne à présenter un front uni si le bloc souhaite rester compétitif sur la scène mondiale.
Letta, qui a exercé les fonctions de Premier ministre italien de 2013 à 2014 et s’est depuis établi comme l’une des voix les plus éminentes de l’Europe en matière d’intégration et de réforme du marché unique, a formulé ces remarques lors d’une interview accordée à Euronews. Il a décrit l’insistance à préserver les prérogatives nationales comme équivalente à faire des cadeaux à Washington et Pékin, présentant la fragmentation européenne comme un handicap stratégique plutôt que comme une vertu démocratique.
Les commentaires de l’ancien chef de gouvernement interviennent à un moment de débat intensifié au sein de l’Union européenne sur la manière de répondre à une posture commerciale américaine de plus en plus affirmée et à la concurrence économique persistante de la Chine. Les pressions tarifaires, les différends sur les subventions et la course à la domination des technologies émergentes ont placé la question de la cohésion industrielle et réglementaire européenne au cœur de l’agenda politique du bloc.
Le dossier de la souveraineté européenne
Selon les comptes rendus de l’interview, Letta a soutenu que le véritable enjeu pour l’Europe ne se situe pas entre les États membres, mais entre l’Union européenne dans son ensemble et les autres grandes puissances mondiales. Il a caractérisé cela comme une bataille pour ce qu’il a qualifié de « souveraineté européenne » — la capacité collective du bloc à agir de manière décisive et indépendante dans des domaines allant des marchés publics de défense à la régulation numérique et à la sécurité énergétique.
Cet argument fait écho à un courant de pensée plus large parmi les fédéralistes européens et les politiques centristes qui soutiennent que l’architecture décisionnelle de l’UE, qui requiert souvent l’unanimité entre vingt-sept États membres, la laisse mal équipée pour réagir rapidement aux chocs externes ou aux défis stratégiques. Les critiques d’un approfondissement de l’intégration rétorquent cependant que transférer davantage de pouvoirs à Bruxelles risque de diluer la responsabilité démocratique et de négliger les intérêts économiques et culturels distincts de chaque nation.
Letta a auparavant dirigé un examen majeur du marché unique de l’UE, commandé par les chefs d’État et de gouvernement, qui appelait à des réformes structurelles significatives pour libérer le potentiel économique du continent. Ses dernières remarques semblent étendre cette analyse à la sphère géopolitique, suggérant que la fragmentation économique et le désunion politique sont deux facettes d’un même problème.
Le débat entre souveraineté et intégration a gagné en urgence à Bruxelles suite aux évolutions des relations transatlantiques et aux pressions croissantes exercées sur les gouvernements européens pour qu’ils augmentent les dépenses de défense, réduisent les dépendances stratégiques et se coordonnent davantage sur la politique industrielle. Les partisans d’une union plus profonde soutiennent qu’aucun État européen considéré isolément ne possède l’échelle nécessaire pour négocier efficacement avec Washington ou Pékin selon ses propres termes. La question de savoir si les gouvernements de l’UE, dont beaucoup font face à des pressions internes émanant de mouvements politiques eurosceptiques, adopteront cette logique dans des termes de politique concrète demeure ouverte en perspective d’une série de sommets européens clés prévus plus tard dans l’année.
