Le Canada cherche à renforcer ses liens avec l’UE alors que la guerre commerciale avec Washington redessine les alliances
Le Canada s’efforce de renforcer significativement sa relation avec l’Union européenne. Le Premier ministre Mark Carney assistera au discours sur l’état de l’Union prononcé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Strasbourg le 16 septembre. Cette présence, inhabituelle pour un chef de gouvernement non-européen, sera suivie d’un sommet formel Canada-UE, soulignant l’élan croissant derrière cette relation bilatérale à un moment où les deux parties naviguent dans un environnement commercial de plus en plus turbulent avec les États-Unis.
Cette offensive diplomatique reflète un réalignement plus large qui se dessine de part et d’autre de l’Atlantique. Le Canada fait face à des pressions économiques considérables suite à l’imposition de tarifs douaniers américains massifs, ce qui a poussé Ottawa à accélérer ses efforts pour diversifier ses relations commerciales et consolider ses alliances au-delà de l’Amérique du Nord. De son côté, l’UE a également réexaminé ses dépendances stratégiques à la suite des frictions commerciales répétées avec Washington.
Un partenariat sans adhésion : les limites de la convergence
Malgré la bienveillance des échanges à venir, la nature de toute relation plus étroite Canada-UE est limitée par une réalité fondamentale : l’adhésion à l’UE n’est pas envisagée. Le Canada, en tant que nation souveraine située en dehors du continent européen, ne satisfait pas aux prérequis géographiques et constitutionnels d’adhésion énoncés dans les traités fondateurs du bloc. Les responsables et analystes ont pris soin de présenter l’ambition en termes de partenariat plutôt que d’intégration.
Les deux parties disposent déjà d’une base solide sur laquelle construire. L’Accord économique et commercial global, connu sous le nom d’AECG, est en application provisoire depuis 2017 et a éliminé les tarifs douaniers sur la grande majorité des biens échangés entre le Canada et les États membres de l’UE. Cependant, l’accord n’a pas encore été pleinement ratifié par tous les États membres, et certaines dispositions — en particulier celles relatives à la protection des investissements — demeurent en suspens juridique. Toute relation renforcée chercherait probablement à s’appuyer sur le cadre existant de l’AECG plutôt que de le remplacer.
Au-delà du commerce, le Canada et l’UE partagent un terrain d’entente considérable sur des questions telles que la politique climatique, la gouvernance démocratique et les institutions multilatérales, offrant une plateforme large pour la coopération. Selon les rapports, les discussions en amont du sommet de septembre devraient aborder des domaines tels que les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, les technologies propres et la coopération industrielle en matière de défense — des secteurs où les deux parties voient un avantage stratégique à collaborer plus étroitement.
L’enjeu symbolique de la présence de Carney à Strasbourg pour le discours sur l’état de l’Union revêt également son importance. Ce discours est généralement le moment annuel où la présidente de la Commission définit l’agenda politique des institutions et des États membres de l’UE. L’invitation d’un chef de gouvernement étranger du poids du Canada à assister en personne à cette occasion est un signal délibéré de la valeur que Bruxelles attache à cette relation, ont noté les analystes.
La question de savoir si le sommet de septembre produira des avancées concrètes ou restera largement symbolique sera étroitement surveillée. Les deux parties ont intérêt à démontrer que les puissances moyennes attachées au commerce fondé sur des règles peuvent trouver des intérêts communs en période de perturbation géopolitique. Pour le Canada en particulier, le renforcement des liens avec un bloc de près de 450 millions de consommateurs offre une couverture significative, bien que partielle, contre la volatilité émanant de son voisin du sud. Le défi consistera à traduire la bonne volonté et les valeurs partagées en arrangements économiques et politiques durables — sans l’architecture contraignante que l’adhésion à l’UE fournirait autrement.
