Cannes 79ème édition s’ouvre le 12 mai avec La Vénus électrique de Salvadori : Park Chan-wook préside le jury, les auteurs dominent la compétition

Le 79e Festival de Cannes se déroule du 12 au 23 mai 2026, s’ouvrant avec la comédie des années 1920 de Pierre Salvadori La Vénus électrique — hors compétition, selon la tradition d’ouvrir sur un film en langue française. Le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook, maître réalisateur d’Oldboy et de Pas d’autre choix, préside un jury de compétition comprenant Demi Moore, Stellan Skarsgård, Ruth Negga, Chloé Zhao, Laura Wandel, Diego Céspedes, Isaach De Bankolé et Paul Laverty. Après l’édition 2025 dominée par Hollywood avec Mission: Impossible de Tom Cruise, la programmation 2026 s’oriente résolument vers les auteurs européens et internationaux.

La sélection en compétition

La compétition de 21 films de cette année est dominée par des auteurs établis. Pedro Almodóvar revient avec Amarga Navidad, le seul titre en compétition à avoir déjà été présenté avant le festival. Asghar Farhadi présente Histoires parallèles, sa deuxième production en langue française, tandis que Paweł Pawlikowski apporte Fatherland et Hirokazu Kore-eda présente Hope. Cristian Mungiu, lauréat de la Palme d’or roumaine de 2007, revient avec Fjord. Le réalisateur américain Ira Sachs est la seule sélection en compétition des États-Unis, avec The Man I Love, un fantasme musical mettant en vedette Rami Malek qui se concentre sur la crise du sida dans le New York des années 1980.

Les voix françaises et féminines

La compétition comprend un nombre remarquable de productions en langue française, trois réalisées par des cinéastes étrangères — Farhadi, Pawlikowski et Hamaguchi travaillant tous en français. Cinq films sont réalisés par des femmes, notamment Léa Mysius avec Histoires de la nuit, Charline Bourgeois-Tacquet avec La Vie d’une femme et Jeanne Herry avec Garance. La sélection reflète l’ambition affichée par le directeur du festival Thierry Frémaux de mettre en lumière la résilience de l’industrie cinématographique française à un moment où la production mondiale s’est tournée vers les blockbusters de franchises.

Palmes d’honneur pour Jackson et Streisand

Deux Palmes d’or d’honneur sont décernées cette année : au cinéaste Peter Jackson, reconnu à l’ouverture le 12 mai pour sa contribution à vie au cinéma et son héritage du Seigneur des anneaux ; et à l’actrice, chanteuse et réalisatrice Barbra Streisand, qui ferme le festival le 23 mai avec le deuxième prix d’honneur. La déclaration de Streisand sur l’acceptation du prix était caractéristiquement directe : « En ces temps difficiles, les films ont la capacité d’ouvrir nos cœurs et nos esprits à des histoires qui reflètent notre humanité partagée. » La double reconnaissance d’honneur donne au festival un encadrement civique et culturel particulièrement fort cette année.

Le Labyrinthe de Pan à 20 ans

L’un des moments patrimoniaux les plus attendus du festival est la projection avant l’ouverture mardi 12 mai au théâtre Debussy : une restauration 4K du Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, marquant le 20e anniversaire de la première mondiale du film à l’édition 2006 du festival. La section Cannes Classics, consacrée à la préservation et à la restauration du cinéma, présente également de nouvelles restaurations 4K des anciens lauréats de la Palme d’or L’Homme de fer (1981) et Adieu ma concubine (1993), accompagnées d’un programme sélectionné de courts métrages muets du cinéaste soviéto-arménien Artavazd Peleshyan et d’un hommage documentaire à Bruce et Laura Dern.

Un Certain Regard et les sections parallèles

Au-delà de la compétition principale, les sections parallèles offrent le tremplin le plus fiable pour les voix émergentes internationales. Un Certain Regard s’ouvre avec le film slasher de Jane Schoenbrun Teenage Sex and Death at Camp Miasma et se ferme avec Ulysse de Laetitia Masson. La Semaine de la critique s’ouvre pour la première fois de son histoire avec un film d’animation : In Waves de Phuong Mai Nguyen. La Quinzaine des réalisateurs s’ouvre avec Butterfly Jam de Kantemir Balagov et se ferme avec Vertiginous, les débuts en animation de Quentin Dupieux. La prolifération de l’animation à travers les sections parallèles marque un changement notable dans les priorités de sélection du festival.

Le contexte politique et industriel

Frémaux a noté lors de l’annonce de la programmation le 9 avril que 2 541 longs métrages ont été soumis pour examen cette année — un record. Il a également signalé le contexte plus large de l’industrie : les studios produisent moins de blockbusters et moins de films d’auteurs qu’auparavant, laissant des festivals comme Cannes dépendre des films eux-mêmes plutôt que d’un approvisionnement constant des studios. La présidente du festival Iris Knobloch a encadré le moment politique dans ses remarques d’ouverture : lorsque le monde perd ses repères, montrer des films de tous les coins du globe n’est pas un geste anodin mais une défense de la liberté de pensée de l’humanité. Le 79e Festival de Cannes, en bref, arrive à un moment où la prétention du cinéma européen à l’attention culturelle mondiale n’a rarement semblé aussi politiquement chargée.

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