La dépendance de l’Ukraine à Starlink suscite des inquiétudes après des informations sur des restrictions
Les forces armées ukrainiennes sont devenues fortement dépendantes de Starlink, le service d’internet par satellite exploité par SpaceX, la société d’Elon Musk, pour leurs communications, leur reconnaissance et leurs opérations de drones depuis l’invasion à grande échelle de la Russie en 2022. Le système s’est révélé essentiel, même lorsque les infrastructures terrestres sont détruites ou que les réseaux de téléphonie mobile défaillent. Selon le Centre d’études de sécurité (CSS) de l’ETH Zurich, environ 50 000 terminaux Starlink étaient en service en Ukraine en 2025, constituant la colonne vertébrale de la coordination militaire.
Ces terminaux transmettent les ordres entre les échelons de commandement et reçoivent les images en direct des drones, permettant une transmission vidéo quasi en temps réel et le contrôle à longue distance des drones terrestres, navals et aériens. Les forces ukrainiennes utilisent le système pour la reconnaissance et les frappes en profondeur derrière les lignes ennemies, transmettant aux unités d’artillerie les images et les coordonnées GPS des positions russes. La dépendance à Starlink s’est accrue après que le système satellitaire KA-SAT, jusque-là privilégié par l’Ukraine, a été visé par une cyberattaque quelques heures avant l’invasion.
Restrictions récentes et leurs conséquences
De récents rapports indiquent que SpaceX a temporairement introduit une limitation de vitesse pour les terminaux Starlink en Ukraine, limitant les terminaux en mouvement à environ 160 kilomètres par heure. Cette mesure est significative, car certains drones ukrainiens volent à des vitesses allant jusqu’à 300 kilomètres par heure. Si un drone perd la connexion, la transmission vidéo en direct cesse et le système ne peut plus être contrôlé en temps réel, ce qui conduit de fait les drones à poursuivre leur mission à l’aveugle.
Bien que Starlink et Starshield — une version conçue pour un usage gouvernemental et militaire — soient souvent mentionnés de manière interchangeable, Elon Musk a déclaré que les systèmes Starshield sont contrôlés par le gouvernement américain, tandis que Starlink est exploité par SpaceX. Les dernières restrictions semblent concerner principalement les systèmes utilisés à des fins militaires. Restreindre ou couper le réseau n’affecterait pas seulement les opérations de drones, mais aussi d’autres activités militaires qui dépendent de communications fiables.
Implications plus larges et alternatives
Au-delà de Starlink, l’Ukraine reçoit des données de reconnaissance de ses partenaires occidentaux, notamment des informations sur les attaques aériennes russes, les lancements de missiles et les mouvements de troupes. Les informations selon lesquelles les États-Unis pourraient limiter l’accès à ces données sont jugées aussi préoccupantes qu’un éventuel bridage de Starlink. Si d’autres pays de l’OTAN, comme le Royaume-Uni et la France, peuvent fournir certains renseignements, ils ne peuvent égaler l’ampleur des capacités américaines.
L’Europe dispose d’alternatives à Starlink, telles qu’Eutelsat/OneWeb, mais leur capacité à égaler les performances de Starlink dans des conditions de guerre n’a pas été testée à grande échelle. Ces inquiétudes récurrentes soulignent que les communications par satellite constituent un élément central de la défense ukrainienne. La dépendance à un fournisseur unique simplifie les opérations, mais elle démontre aussi la dépendance des forces armées modernes à l’égard des entreprises technologiques privées — un changement fondamental dans la conduite de la guerre, selon les experts. L’utilisation réussie de Starlink par l’Ukraine a contribué à la reconnaissance mondiale du système, mais sa vulnérabilité demeure une préoccupation majeure.
