Loi sur l’IA sous pression : le Parlement et le Conseil négocient un report des règles sur les systèmes à haut risque dans un omnibus numérique

Le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne sont engagés dans des négociations en phase terminale pour conclure un accord sur le projet dit << omnibus numérique >> — un ensemble législatif qui permettrait de reporter certaines règles de la Loi sur l’IA relatives aux systèmes à haut risque et d’aborder plusieurs enjeux adjacents de politique numérique, notamment une possible interdiction des applications de deepfake intime. Les négociations, intensifiées au début mai 2026, marquent le premier amendement significatif de la Loi sur l’IA depuis son adoption en 2024.

Les raisons du report

La Loi sur l’IA établit un cadre fondé sur les risques : systèmes à risque minimal, limité, élevé et interdits. La catégorie des systèmes à haut risque — couvrant l’IA utilisée dans les infrastructures critiques, l’éducation, l’emploi, l’application des lois, la gestion des migrations, la justice et les processus démocratiques — était censée devenir exécutoire en août 2026. L’industrie plaide pour un report de un à deux ans, invoquant des difficultés techniques dans la mise en œuvre de normes harmonisées, l’absence de procédures d’évaluation de conformité finalisées et le fardeau pour les PME développant des systèmes d’IA.

La position de la Commission

La Commission européenne a exprimé une ouverture prudente à un report limité de 12 mois pour des catégories à haut risque spécifiques — notamment celles où les normes harmonisées élaborées par le CEN-CENELEC ne sont pas encore finalisées. La Commission insiste pour que les pratiques interdites (notation sociale, surveillance biométrique en temps réel avec exceptions limitées, IA manipulatrice) restent soumises à l’échéance d’août 2026 sans report. Cette position est présentée comme << un report calibré, non une reculade >>.

Résistance de la société civile

Les organisations de défense des droits numériques, dont European Digital Rights (EDRi), Access Now et Algorithm Watch, se sont fortement opposées à tout report, arguant que les délais exposeraient les citoyens européens à des systèmes d’IA non responsables dans des contextes critiques — notamment les migrations et l’application des lois, où les décisions pilotées par l’IA affectent déjà les droits fondamentaux. Elles mettent en garde contre une érosion progressive de la Loi sur l’IA sous la pression des géants technologiques américains et du programme de dérégulation de la deuxième administration Trump.

L’interdiction du deepfake intime

Liée aux discussions de l’omnibus se trouve un débat parallèle sur l’interdiction des applications de deepfake intime — des outils pilotés par l’IA qui génèrent des images intimes non consenties, souvent utilisées dans des campagnes de harcèlement coordonné. La France a défendu une interdiction complète assortie de sanctions pénales, soutenue par l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et l’Espagne. Les négociateurs explorent la possibilité d’intégrer l’interdiction à l’omnibus ou de créer un cadre législatif dédié. Quoi qu’il en soit, les députés européens entendent délivrer une interdiction claire avant la fin de 2026.

Autres éléments de l’omnibus

L’omnibus numérique aborde également : la simplification de la notification de cybersécurité en vertu de la directive NIS2, la conformité simplifiée pour les petites entreprises en vertu de la Loi sur les données, les corrections techniques à la Loi sur la résilience informatique pour les logiciels open source, et les clarifications sur l’interaction entre le RGPD et la Loi sur l’IA. L’objectif est de réduire la friction réglementaire pour les startups et PME européennes tout en préservant la logique de protection substantielle du cadre numérique. Le rapport Mario Draghi sur la compétitivité européenne est régulièrement cité comme mandat politique pour ces ajustements.

La conférence de presse

Si un accord est conclu, une conférence de presse avec les députés européens principaux est prévue mercredi à 11 h 00. Le rapporteur du Parlement Brando Benifei (S&D, Italie) et le rapporteur fictif Dragos Tudorache (Renew, Roumanie) — les corrapporteurs originaux de la Loi sur l’IA — pilotent les négociations du côté du Parlement. Le Conseil est représenté par la Présidence belge en coordination avec les représentants permanents. L’issue fixera le ton de la gouvernance de l’IA dans l’UE pour le reste du cycle législatif.

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