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La Commission européenne déclare Meta en violation préliminaire de la Loi sur les services numériques pour ne pas avoir bloqué les moins de 13 ans

La Commission européenne a rendu sa première grande décision préliminaire contre un géant technologique américain en vertu de la Loi sur les services numériques le 29 avril 2026. Instagram et Facebook de Meta ont été déclarés en violation préliminaire de la DSA pour ne pas avoir mis en place des mesures adéquates afin d’empêcher les enfants de moins de 13 ans d’accéder à leurs services. La Commission a conclu après une enquête de 17 mois que les mécanismes actuels de vérification d’âge de Meta — principalement des dates de naissance auto-déclarées à l’inscription — sont « manifestement insuffisants ».

Les enjeux juridiques

La DSA, pleinement applicable aux très grandes plateformes en ligne depuis août 2023, impose aux plateformes comptant plus de 45 millions d’utilisateurs dans l’UE d’identifier et d’atténuer les risques systémiques, y compris les risques pour la protection des mineurs. L’article 28 oblige spécifiquement les plateformes à assurer un niveau élevé de confidentialité, de sécurité et de protection des mineurs. La violation de ces obligations peut entraîner des amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial — pour Meta, environ 9,6 milliards d’euros selon les revenus de 2025.

Les preuves

L’enquête de la Commission s’est appuyée sur trois sources : les plaintes des Coordinateurs des services numériques de l’UE, les ONG de protection de l’enfance et les enquêtes journalistiques, notamment un reportage de la BBC en 2025 démontrant que des enfants de 11 ans pouvaient ouvrir des comptes Instagram en moins de trois minutes. Les rapports de transparence de Meta, obligatoires en vertu de la DSA, ont fourni des preuves supplémentaires : l’entreprise a supprimé environ 4,5 millions de comptes en 2025 appartenant à des moins de 13 ans — mais les analystes de la Commission arguent que ce volume en lui-même démontre que la détection intervient trop tard, après l’exposition au préjudice.

La réponse de Meta

Meta conteste vivement la décision. L’entreprise invoque les investissements récents : une intelligence artificielle d’estimation d’âge facial déployée en 2025, des outils de supervision parentale obligatoires pour les comptes identifiés comme appartenant à des adolescents, et l’intégration avec l’application pilote de vérification d’âge de l’UE. Meta soutient que la Commission applique une norme « impossible à respecter sans vérification obligatoire de l’identité, ce qui créerait en soi des risques pour la confidentialité ». L’entreprise dispose de 30 jours pour répondre formellement avant que la Commission ne rende une décision de non-conformité.

Le débat sur la vérification d’âge

L’affaire Meta intervient alors que l’UE finalise son application européenne de vérification d’âge — une mini-application conçue pour permettre aux parents et aux plateformes de vérifier que les utilisateurs ont dépassé un certain seuil sans divulguer l’identité. L’application est actuellement testée par la France, l’Italie, l’Espagne, la Grèce et le Danemark en 2026 et devrait être disponible dans toute l’UE début 2027. Bruxelles présente cela comme une voie médiane respectueuse de la vie privée entre l’auto-déclaration actuelle de Meta et la vérification complète d’identité.

L’intensification de l’application de la DSA

La décision contre Meta fait suite à des conclusions de violation préliminaire contre X (anciennement Twitter) pour la transparence publicitaire, contre TikTok pour le design addictif et la modération de contenu, et une enquête distincte contre AliExpress pour la vente de produits illégaux. La vice-présidente de la Commission Henna Virkkunen, chargée de la politique numérique, a signalé que 2026 serait l’année où l’application de la DSA « passera du processus aux conséquences ». Le fait que cela se concrétise par des amendes financières réelles, plutôt que par des règlements fondés sur les engagements, déterminera l’effet dissuasif du règlement.

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