Régulation numérique des géants du Big Tech

Le Digital Markets Act, deux ans après : ce que la revue 2026 change pour les géants du numérique

Deux ans après l’entrée en application du Digital Markets Act (DMA) en mars 2024, la Commission européenne a achevé sa première revue. Le constat principal : la régulation a, selon les mots de la Commission, contribué efficacement aux objectifs principaux consistant à rendre les marchés numériques de l’UE plus équitables et plus contestables. Le détail est plus nuancé — et la réaction de l’industrie aussi.

Ce que fait réellement le DMA

Le DMA désigne certaines grandes plateformes en ligne comme contrôleurs d’accès (gatekeepers) lorsqu’elles atteignent des seuils de chiffre d’affaires, de nombre d’utilisateurs et de position de marché établie. Les services désignés incluent moteurs de recherche, magasins d’applications, places de marché en ligne, réseaux sociaux, plateformes de partage vidéo, messagerie instantanée, services publicitaires, navigateurs web et systèmes d’exploitation. Les contrôleurs d’accès font face à des obligations et interdictions visant à équilibrer le terrain de jeu pour utilisateurs professionnels et consommateurs — des exigences d’interopérabilité aux interdictions d’auto-préférence.

Les désignations actuelles

La Commission a, depuis 2023, désigné un ensemble de grandes plateformes opérées par des entreprises américaines et chinoises comme contrôleurs d’accès — couvrant des services allant des magasins d’applications et systèmes d’exploitation aux réseaux sociaux et places de marché en ligne. Chaque désignation déclenche six mois de préparation, au-delà desquels la conformité devient exécutoire. Plusieurs désignations ont entraîné à la fois des changements substantiels par les plateformes et des contentieux contestant les désignations elles-mêmes.

Ce qui a changé pour les utilisateurs

Les consommateurs européens ont remarqué des changements visibles. Des écrans de choix pour navigateurs et moteurs de recherche par défaut apparaissent désormais sur les systèmes d’exploitation. La concurrence des magasins d’applications a commencé à émerger avec des magasins alternatifs autorisés sur certaines plateformes. L’interopérabilité de la messagerie reste en mise en œuvre précoce. Les outils de portabilité des données sont plus visibles. L’expérience utilisateur est en transition — parfois de manière déroutante — alors que les plateformes concilient conformité au DMA avec leurs designs produits existants.

Application : les dossiers à ce jour

La Commission a ouvert plusieurs enquêtes pour non-conformité, particulièrement autour des règles des magasins d’applications, de l’auto-préférence dans la recherche et de la conception des flux de consentement. Les sanctions au titre du DMA peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial, jusqu’à 20 % pour les récidivistes, et la Commission peut imposer des remèdes structurels en cas de non-conformité systématique. Les premières grandes amendes et décisions de remède sont scrutées avec attention comme précédents.

Ce que la revue a proposé

La revue 2026 a conclu que l’architecture centrale du DMA fonctionne mais a identifié des points d’ajustement : des lignes directrices plus claires sur des obligations spécifiques, des délais procéduraux plus rapides, une meilleure coordination avec les autorités nationales de concurrence, et des ajustements aux seuils de désignation pour capturer les positions émergentes apparentées à celles des contrôleurs d’accès dans les services d’IA. Une mise à jour législative ciblée est attendue.

L’écosystème réglementaire plus large

Le DMA n’agit pas isolément. Il fonctionne aux côtés du Digital Services Act (DSA, sur les contenus illicites et la gouvernance des plateformes), du cadre du droit de la concurrence de l’UE, des règles sectorielles dans les paiements et télécoms, et de plus en plus de l’AI Act. Les plateformes relevant de plusieurs régimes naviguent dans des obligations qui se chevauchent, tandis que la Commission construit une machine d’application plus intégrée. Pour les géants du numérique, l’environnement réglementaire européen est structurellement différent de tout ce qui existe ailleurs dans le monde — et 2026 est l’année où c’est devenu indéniable.

Publications similaires