L’UE et le Canada se rapprochent à mesure que les tarifs douaniers et la rhétorique de Trump redessinent les alliances atlantiques
Les relations entre l’Union européenne et le Canada connaissent une transformation discrète mais significative, largement alimentée par la posture perturbatrice des États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Alors que Washington impose des droits de douane généralisés et profère des déclarations provocatrices sur l’absorption de territoires voisins, Bruxelles et Ottawa découvrent qu’elles ont à la fois des raisons et des incitations d’approfondir considérablement leurs liens.
L’administration Trump a ciblé l’UE et le Canada avec des mesures commerciales punitives, présentant des alliés de longue date comme des adversaires économiques qui auraient besoin d’être corrigés. Ces droits de douane, qui ont ébranlé les marchés et tendu les relations diplomatiques des deux côtés de l’Atlantique, ont eu pour conséquence involontaire de rapprocher deux des plus proches partenaires de l’Amérique. Selon les rapports, des hauts fonctionnaires des deux parties ont tenu une série de consultations de haut niveau visant à renforcer leur coopération économique et politique face à ce paysage transformé.
L’AECG comme fondation d’une relation plus profonde
L’Accord économique et commercial global, connu sous l’acronyme AECG, a longtemps servi de fondement juridique aux relations commerciales UE-Canada. Bien que cet accord ait connu un processus de ratification prolongé dans plusieurs États membres de l’UE, le climat géopolitique actuel semble donner un élan nouveau à sa mise en œuvre complète. Des responsables des deux côtés ont indiqué leur volonté de s’appuyer sur le cadre existant, les discussions portant selon les informations sur des domaines allant des matières premières critiques au commerce numérique en passant par l’investissement dans l’énergie propre.
La dimension stratégique de la relation devient de plus en plus difficile à dissocier de sa dimension économique. Le gouvernement canadien a signalé son intention de réduire sa dépendance envers le marché américain — un tournant majeur étant donné l’intégration profonde des deux économies nord-américaines au fil des décennies. Pour l’UE, le Canada représente un partenaire stable et démocratique qui partage des normes réglementaires largement compatibles et un engagement envers l’ordre international fondé sur des règles, des qualités mises à mal par le climat politique actuel à Washington.
Le symbolisme de cet alignement émergent n’a pas échappé aux observateurs des affaires transatlantiques. Si l’alliance occidentale d’après-guerre était largement définie par une relation triangulaire ancrée à Washington, le contexte actuel suggère un possible rééquilibrage. L’UE et le Canada ne rompent pas les liens avec les États-Unis — les relations commerciales et de sécurité restent substantielles — mais ils créent, selon les analystes, une couverture contre l’imprévisibilité qui caractérise désormais la politique étrangère et commerciale américaine.
Le sentiment public au Canada et dans les États membres européens semble aussi évoluer. Les sondages menés au cours des derniers mois révèlent une faveur déclinante envers l’actuelle administration américaine parmi les populations des pays de l’UE et du Canada, un climat qui donne aux responsables politiques une latitude nationale supplémentaire pour poursuivre des orientations indépendantes sans être perçus comme hostiles au sentiment populaire.
Le fait que la chaleur actuelle entre Bruxelles et Ottawa se traduise par un changement structurel durable ou se révèle être un accommodement temporaire dépendra largement de l’évolution des relations UE-États-Unis et Canada-États-Unis. Un changement de ton ou de politique en provenance de Washington pourrait modifier rapidement les calculs. Pour l’heure, toutefois, les deux parties semblent résolues à démontrer que l’ordre commercial fondé sur des règles qu’elles défendent peut prospérer même lorsque son plus puissant garant historique se retire de la table.
