Le piège des 6,3 milliards d’euros : les dépôts peu rémunérés coûtent des centaines d’euros par an aux ménages européens

Des millions de ménages européens perdent silencieusement des centaines d’euros chaque année en termes réels en conservant leur argent sur des comptes bancaires traditionnels offrant des rendements minimes, selon une nouvelle étude financière. L’ampleur du problème, qui s’étend à 20 États membres de l’Union européenne, retient l’attention des décideurs à Bruxelles, qui s’efforcent de rediriger l’épargne des ménages vers des secteurs plus productifs de l’économie.

Une recherche publiée par le groupe de banque numérique Revolut estime que les Européens détiennent collectivement environ 6,3 milliards d’euros en comptes de dépôt peu rémunérés, une somme qui reste largement dormante en termes de potentiel d’investissement. En moyenne, les épargnants perdent l’équivalent de 294 euros de pouvoir d’achat pour chaque 10 000 euros qu’ils détiennent sur de tels comptes, lorsque l’effet corrosif de l’inflation est pris en compte et comparé aux intérêts que ces dépôts génèrent généralement.

Ces conclusions interviennent au moment où la Commission européenne s’efforce activement de mobiliser le capital privé par ce qu’elle appelle l’Union des marchés de capitaux — un cadre ambitieux conçu pour donner aux citoyens ordinaires un meilleur accès aux produits d’investissement et pour canaliser davantage d’argent vers les entreprises et les projets d’infrastructure européens. Pendant des années, les responsables de l’UE ont soutenu que la dépendance excessive de l’Europe à l’épargne bancaire plutôt qu’aux marchés de capitaux représente une faiblesse structurelle par rapport aux États-Unis, où l’investissement de détail en actions et fonds est beaucoup plus courant.

Le fossé entre les taux d’épargne et l’inflation

Le problème fondamental est un décalage persistant entre ce que les banques versent aux déposants et le taux auquel les prix ont augmenté dans la zone euro ces dernières années. Bien que la Banque centrale européenne ait relevé considérablement les taux d’intérêt depuis 2022 en réaction à la poussée inflationniste qui a suivi la pandémie et la crise énergétique déclenchée par la guerre de la Russie en Ukraine, ces taux plus élevés n’ont pas toujours été intégralement répercutés sur les rendements des dépôts des épargnants. Les banques de nombreux pays de l’UE ont été critiquées pour avoir absorbé les avantages des taux directeurs plus élevés tout en n’offrant aux clients que des améliorations modestes sur les rendements des dépôts.

L’étude de Revolut, qui a couvert deux douzaines de marchés européens, suggère que le problème est généralisé plutôt que limité à un pays ou une région particuliers. Bien que les chiffres exacts varient selon le marché, la tendance des données est cohérente : les ménages détenant de l’argent sur des comptes ordinaires prennent du retard sur l’inflation, acceptant effectivement une réduction progressive de la valeur réelle de leurs économies sans nécessairement être conscients de l’impact cumulé.

Les défenseurs des consommateurs et certains régulateurs financiers ont longtemps soutenu qu’un manque de culture financière contribue à cette tendance, de nombreux épargnants se fiant par habitude ou aversion au risque à des produits bancaires familiers plutôt que de comparer activement les options disponibles. Des alternatives telles que les fonds du marché monétaire, les obligations d’État et les placements en actions diversifiés ont historiquement offert de meilleurs rendements ajustés de l’inflation sur les horizons temporels moyens à long terme, bien qu’ils comportent des degrés de risque et de complexité variables.

Le débat sur la manière d’encourager les ménages européens à s’impliquer davantage dans les marchés de capitaux devrait s’intensifier à mesure que la nouvelle Commission européenne avance son agenda d’épargne et d’investissement. Les responsables ont indiqué que la simplification de l’accès aux produits d’investissement, l’amélioration de la formation financière et l’harmonisation des règles entre les États membres seront au cœur de toute stratégie visant à débloquer les milliards actuellement immobilisés dans des comptes peu rémunérés.

Quant à savoir si de telles ambitions politiques peuvent se traduire par un changement comportemental significatif chez les épargnants européens prudents, la question reste ouverte — une question à laquelle les régulateurs et le secteur financier devront répondre dans les années à venir.

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