Les drapeaux de l’UE volent la vedette à la dernière nuit des Proms, dix ans après le vote du Brexit

Une mer de bleu et d’or a semblé dominer le Royal Albert Hall samedi soir, tandis que le public de la dernière nuit des Proms de la BBC brandissait des drapeaux de l’Union européenne en nombre qui, selon les témoignages, surpassait visiblement les Union Jacks traditionnellement associés à l’événement — un rappel visuel frappant que le départ de la Grande-Bretagne de l’Union européenne reste un chapitre profondément non résolu de l’histoire du pays.

Cette célébration annuelle de la musique classique, longtemps considérée comme l’une des institutions culturelles les plus chères à la Grande-Bretagne, est devenue ces dernières années une scène improbable d’expression politique. L’édition de cette année revêtait un poids symbolique particulier, intervenant environ dix ans après le référendum de 2016, lors duquel une faible majorité d’électeurs britanniques a choisi de quitter l’Union européenne — une décision dont les conséquences continuent de se faire sentir dans la société, la politique et le commerce.

Une tradition transformée par le symbolisme politique

Ce qui était autrefois un affichage relativement univoque de patriotisme britannique a graduellement évolué en quelque chose de plus contesté. Les partisans de l’Europe ont pris l’habitude d’apporter des drapeaux de l’UE aux Proms depuis le référendum, transformant l’événement en baromètre du sentiment persistant envers le bloc. Cette année, selon les témoignages des personnes présentes et les images circulant sur les réseaux sociaux, l’équilibre semble avoir basculé davantage encore, les emblèmes européens étant bien en évidence dans tout le hall.

La BBC, qui retransmet l’événement auprès de millions de téléspectateurs au Royaume-Uni et à l’international, a historiquement cherché à présenter la dernière nuit des Proms comme une célébration de la musique plutôt que de la politique. Le diffuseur a fait face à des critiques de divers horizons au fil des ans sur sa manière de naviguer dans l’atmosphère de plus en plus chargée entourant l’événement.

Dix ans après le référendum, les sondages et le débat public suggèrent que l’opinion britannique sur le Brexit n’a pas converné vers un consensus. Les enquêtes menées ces dernières années ont régulièrement montré une population demeurée divisée, une proportion importante exprimant des regrets quant à la décision de partir, tandis que d’autres maintiennent que le pays a eu raison de s’en aller. La question de savoir si des liens plus étroits avec l’UE devraient être recherchés — sans pour autant viser l’adhésion complète — a gagné du terrain dans certains cercles politiques, bien qu’aucun parti majeur ne se soit engagé à inverser le Brexit.

L’affichage de drapeaux aux Proms ne risque pas de modifier le débat politique de manière concrète, mais sa visibilité témoigne d’un courant culturel souterrain qui a persisté bien au-delà de ce que certains observateurs ne l’attendaient. Pour de nombreux pro-Européens, participer à des événements de ce type et agiter les couleurs de l’UE est devenu une forme de protestation silencieuse et d’identité communautaire, une manière d’affirmer que leur attachement au projet européen n’a pas pris fin avec le résultat du référendum.

Pour ceux de l’autre côté du débat, de telles scènes peuvent se lire comme un refus d’accepter un résultat démocratique — un sentiment qui refait surface de manière régulière dans les commentaires et les courriers des lecteurs chaque fois que les Proms et leur public agitant des drapeaux font la une de l’actualité. L’événement annuel est devenu, en ce sens, un miroir tendu à une société qui travaille encore à définir ce que cela signifie d’être britannique dans un monde post-Brexit, et le reflet qu’il offre demeure ambigu, coloré et loin d’être définitif.

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