Malte : un jury acquitte l’homme d’affaires accusé d’avoir commandité l’assassinat de Daphne Caruana Galizia
Un jury maltais a acquitté l’homme d’affaires longtemps soupçonné d’avoir orchestré le meurtre par attentat à la bombe en 2017 de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia, rendant un verdict qui a provoqué une onde de choc dans la petite nation insulaire et ravivé le débat sur la responsabilité dans l’une des affaires d’assassinat politique les plus médiatisées d’Europe.
Le procès s’était concentré sur les accusations selon lesquelles l’accusé aurait commandité l’élimination de Caruana Galizia, une éminente journaliste anticorruption dont les investigations avaient mis au jour les malversations financières présumées aux plus hauts niveaux de la société et du gouvernement maltais. Son décès en octobre 2017, lorsqu’une bombe placée sous sa voiture a explosé peu après qu’elle ait quitté son domicile, avait suscité une condamnation internationale généralisée et provoqué des appels à une enquête approfondie sur les circonstances du meurtre.
L’accusé avait été arrêté de manière spectaculaire en 2019 alors qu’il tentait de quitter Malte à bord de son yacht, un moment qui s’était avéré être un tournant politique pour le pays. Son interpellation avait déclenché une vague de manifestations publiques, de grandes foules se rassemblant à La Valette pour réclamer la justice et une responsabilité gouvernementale plus large. Ces protestations avaient finalement contribué à la démission du Premier ministre de l’époque, Joseph Muscat, dont l’administration s’était trouvée sous intense surveillance au cours de l’enquête qui se déroulait.
Une affaire qui a secoué la vie politique maltaise
Trois hommes qui avaient matériellement exécuté l’attentat ont déjà été reconnus coupables et condamnés pour leur rôle dans le meurtre. La question de savoir qui a ordonné le crime, cependant, demeure profondément contestée. Les procureurs avaient soutenu que l’homme d’affaires acquitté se trouvait au sommet d’une chaîne de commandement responsable de l’assassinat, une accusation qu’il avait constamment niée. La décision du jury de l’innocenter de tous les chefs d’accusation laisse cette question centrale légalement sans réponse, selon les rapports suivant le verdict.
Caruana Galizia avait été l’une des journalistes les plus lues et des plus courageuses de Malte, tenant un blog qui révélait régulièrement des affaires de corruption présumée, de blanchiment d’argent et d’abus de pouvoir. Son assassinat avait suscité des comparaisons avec les attaques contre la liberté de la presse observées dans des contextes moins démocratiques et avait incité le Parlement européen et de nombreuses organisations de défense de la liberté de la presse à réclamer une enquête approfondie et indépendante. Une enquête publique ultérieure avait conclu que l’État maltais portait une certaine responsabilité dans la création d’un environnement propice à son assassinat, une conclusion que le gouvernement avait reconnue.
Sa famille et ses partisans ont longtemps mené campagne pour une responsabilité totale, arguant que condamner uniquement les individus qui avaient physiquement exécuté l’attaque sans établir de responsabilité pénale au plus haut niveau de la conspiration présumée constituerait une justice incomplète. L’acquittement est susceptible d’approfondir ces préoccupations, les groupes de défense étant censés examiner attentivement le verdict dans les jours à venir.
L’affaire a eu des répercussions durables sur la réputation internationale de Malte, notamment au sein des institutions de l’Union européenne, où des préoccupations concernant l’état de droit et la liberté de la presse sur l’île ont été exprimées à plusieurs reprises. Que les procureurs chercheront ou non un quelconque recours juridique supplémentaire après la décision du jury reste peu clair. Pour de nombreux observateurs à travers l’Europe, le verdict marque un moment douloureux dans une affaire qui en est venue à symboliser les vulnérabilités auxquelles font face les journalistes qui enquêtent sur le pouvoir — et la difficulté d’assurer que ceux qui ordonnent leur suppression ne sont jamais traduits en justice.
