Le pouvoir commercial de l’UE pourrait exposer les failles du modèle économique chinois, avertit un eurodéputé de haut rang
Le vaste marché de consommation de l’Union européenne, qui compte 450 millions d’habitants, confère à Bruxelles un levier considérable face à Pékin. Selon un éminent parlementaire européen qui supervise les relations parlementaires du bloc avec la Chine, une pression commerciale accrue pourrait ultimement mettre à l’épreuve la stabilité du modèle économique chinois.
Engin Eroglu, libéral allemand au Parlement européen et président de la délégation parlementaire chargée des relations avec la Chine, a formulé ces observations lors d’un entretien approfondi. Il affirme que l’UE dispose de plus d’atouts dans ses rapports avec Pékin qu’on ne l’admet généralement. Eroglu suggère que le cadre économique chinois recèle des vulnérabilités inhérentes qu’une pression commerciale externe soutenue pourrait mettre au jour.
Ces commentaires interviennent à un moment particulièrement tendu des relations UE-Chine, marqué par des différends persistants sur les déséquilibres commerciaux, les tarifs européens sur les véhicules électriques chinois, et des préoccupations plus larges concernant l’accès aux marchés et les subventions déloyales. Bruxelles a adopté une approche de plus en plus affirmée vis-à-vis de Pékin, cherchant à réduire les dépendances stratégiques tout en maintenant une relation commerciale d’une valeur de centaines de milliards d’euros par an.
Remettre en question les prétentions de la Chine au leadership économique mondial
Eroglu va plus loin en contestant le récit selon lequel la Chine représenterait une alternative inévitable et supérieure à la gouvernance économique de style occidental. Selon le compte rendu de l’entretien, il décrit le modèle de développement chinois comme fondamentalement défaillant, contredisant les affirmations fréquentes de Pékin quant à son invincibilité économique et son influence croissante auprès des nations en quête d’alternatives à l’ordre international libéral.
La position de l’eurodéputé reflète une évolution plus large de la réflexion au sein des institutions européennes, où l’enthousiasme initial pour l’engagement avec la Chine a cédé la place à une posture plus prudente et parfois confrontationnelle. L’UE a introduit ces dernières années une série d’instruments conçus pour protéger ses industries de ce qu’elle considère comme une concurrence déloyale, notamment des enquêtes anti-subventions et des réglementations sur les subventions étrangères qui scrutent les entreprises chinoises opérant sur le continent.
Au cœur de l’argument d’Eroglu réside l’idée que le pouvoir d’achat de l’UE constitue une forme de levier géopolitique que les décideurs européens ne devraient pas hésiter à utiliser. Avec près d’un demi-milliard de consommateurs, le marché unique demeure l’une des destinations les plus attrayantes pour les exportations chinoises. Toute restriction significative de cet accès comporterait des conséquences majeures pour les fabricants chinois et, par extension, pour l’emploi intérieur et la production économique en Chine.
Les critiques d’une approche plus confrontationnelle avertissent que l’escalade des tensions commerciales risque de déclencher des mesures de représailles nuisibles aux exportateurs européens, particulièrement dans des secteurs tels que le luxe, l’automobile et les produits agricoles, où la Chine représente un marché de croissance majeur. Ils mettent également en garde contre le fait que pousser Pékin trop fort pourrait accélérer son pivot vers des partenariats alternatifs, réduisant l’influence de l’UE à long terme.
Néanmoins, l’ambiance au sein du Parlement européen semble évoluer vers une ligne plus dure. Les remarques d’Eroglu signalent qu’au moins une partie de l’organe législatif est disposée à mettre à l’épreuve les limites de l’interdépendance économique comme outil diplomatique, en pariant que les asymétries de la relation commerciale jouent ultimement en faveur du côté européen. La question de savoir jusqu’où la Commission européenne sera disposée à suivre cette logique dans ses négociations en cours et ses décisions en matière de politique commerciale reste à voir.
