Loi IA de l’UE : nudification interdite, calendrier repoussé à 2027-2028

Dans les premières heures de mercredi 7 mai 2026, après plusieurs mois de négociation et un premier trilogue qui s’est effondré le 28 avril, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un accord provisoire sur l’Omnibus numérique sur l’IA — le rééquilibrage le plus important du règlement phare en matière d’intelligence artificielle de l’UE depuis l’entrée en force du Règlement 2024/1689 le 1er août 2024. La Commission européenne a présenté l’accord comme suit : « l’UE s’engage à simplifier les règles en matière d’IA pour stimuler l’innovation et interdire les applications de nudification pour protéger les citoyens. »

Les nouvelles dates : 2 décembre 2027 et 2 août 2028

Selon le calendrier initial de la loi IA, les obligations concernant les systèmes d’IA à haut risque de l’Annexe III — couvrant l’emploi, l’éducation, le crédit, la biométrie, les infrastructures critiques, l’application de la loi, la justice et la migration — auraient dû s’appliquer à partir du 2 août 2026. L’accord du 7 mai repousse cette date au 2 décembre 2027. L’IA intégrée aux produits réglementés de l’Annexe I — dispositifs médicaux, machines, jouets, ascenseurs, navires — est reportée au 2 août 2028. Les spécialistes de la réglementation bruxelloise Timelex ont résumé l’accord ainsi : « le cadre de soutien — normes harmonisées, organismes notifiés désignés, documents d’orientation, procédures d’évaluation de la conformité — ne sera pas prêt d’ici là. »

Filigranage : 2 décembre 2026

L’échéance opérationnelle la plus immédiate de l’accord s’applique aux fournisseurs d’IA générative. La période de grâce pour les obligations de transparence de l’article 50(2) — exigeant le marquage et la divulgation du contenu synthétique généré par l’IA — a été réduite de six mois à trois. Les capacités de filigranage et d’étiquetage prêtes pour la production sont désormais requises au 2 décembre 2026. Cette date est importante car, contrairement au régime à haut risque reporté, le filigranage est techniquement opérationnel aujourd’hui et ne nécessite pas d’organismes notifiés. Les équipes de conformité des grands fournisseurs de modèles de base — notamment les signataires du Code de pratique du GPAI — disposent d’environ sept mois pour respecter ces obligations.

Interdiction de la nudification : une nouvelle interdiction à l’article 5

L’accord introduit une nouvelle interdiction à l’article 5 visant les systèmes d’IA qui génèrent du matériel d’abus sexuel d’enfants (MASCE) ou qui dépeignent les parties intimes d’une personne identifiable sans consentement — communément appelés applications de « nudification » ou « deepfake dénudage ». Les entreprises ont jusqu’au 2 décembre 2026 pour conformer leurs systèmes. L’interdiction vise non seulement le déploiement intentionnel, mais aussi l’incapacité des fournisseurs d’outils d’IA générative à usage plus général à mettre en place des mesures de protection raisonnables.

L’obligation d’enregistrement qui a survécu

La disposition ayant des conséquences opérationnelles se trouve plus bas dans le communiqué de presse : l’obligation d’enregistrement en vertu de l’article 6(3) a survécu intacte. La proposition initiale de la Commission aurait supprimé l’obligation d’enregistrer, dans la base de données de l’UE, les systèmes d’IA fonctionnant dans des contextes de l’Annexe III que les fournisseurs auto-évaluent comme ne répondant pas au seuil à haut risque. Le Conseil et le Parlement ont tous deux rejeté cette suppression. Comme l’a résumé Modulos : « Cela convertit l’auto-évaluation d’une mémo interne privée en un artefact public. Chaque fournisseur affirmant que son IA en matière de ressources humaines, d’éducation, de crédit, de services essentiels, biométrique ou adjacente à l’application de la loi ne répond pas au seuil à haut risque devra déposer cette position dans une base de données de l’UE et l’assumer. »

Le grand projet de la présidence chypriote

La présidence chypriote, qui exerce la présidence tournante jusqu’au 30 juin, a présenté l’Omnibus IA comme un grand projet — le premier selon la feuille de route « Une Europe, un marché ». Le prochain jalon institutionnel est le vote formel en plénière, attendu en juin 2026. La présidence se transmet à la Lituanie le 1er juillet. Pour l’instant, la communauté réglementaire bruxelloise a ses objectifs opérationnels : 2 décembre 2026 pour le filigranage et l’interdiction de la nudification, 2 décembre 2027 pour l’Annexe III autonome, et 2 août 2028 pour l’IA dans les produits de l’Annexe I.

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